BANQUE

Lyxor veut apporter les fonds sur actifs cachés en Suisse

Laurent Seyer, directeur général de ce géant des hedge funds et des produits structurés, présente ses ambitions internationales et parle de l'avenir des produits structurés.

Qui a dit que le souffle de l'innovation épargnait l'Europe? La majorité du Top 10 des produits dérivés appartient à des banques européennes. La Société Générale emploie 2200 spécialistes des dérivés sur actions, dont 1200 pour leur administration, déclare Laurent Seyer, depuis juillet directeur général de Lyxor, la société qui appartient à 100% à la Société Générale (SG), détachée de la gestion d'actifs dite traditionnelle, SG Asset Management. Pour sa première interview, l'ancien responsable de l'équipe des produits structurés pour le marché suisse explique la future stratégie de Lyxor, une société qui compte ses 200 experts en hedge funds, produits structurés et gestion indicielle (ETF), pour 55 milliards d'euros de fonds gérés. Le groupe français profite de la tradition française de solide formation en sciences, d'un investissement précoce, puisque le département d'options date de 1988, et de son engagement à long terme: «Nous n'avons pas quitté le secteur au premier coup de vent», explique-t-il.

Ces prochains mois, Laurent Seyer entend pleinement tirer profit de la plate-forme de «comptes gérés de hedge funds», un concept «unique qui le place leader mondial»: 160 comptes gérés ouverts à des gérants de hedge funds externes à la SG, sélectionnés par celle-ci. Le système est limpide: la banque demande aux hedge funds de gérer le compte comme leur propre hedge fund. La SG dispose de toute la transparence sur ce compte (contrôle du risque, transparence) et fournit une liquidité hebdomadaire. C'est un atout clé, notamment pour un institutionnel, dans la mesure où la liquidité d'un hedge fund est habituellement mensuelle ou trimestrielle. Ces deux critères forment la raison d'être de Lyxor. Créée en 1988, juste après la crise de LTCM, la SG, qui avait cessé d'être présente dans les options sur hedge funds, n'a accepté un retour dans ce secteur qu'à la présentation des avantages du principe des comptes gérés. Dans un premier temps, ils n'ont été ouverts qu'aux produits SG. En 2002, la SG a ensuite décidé d'ouvrir la plate-forme à des investisseurs intéressés par l'idée de l'investissement direct dans ces fonds sans passer par un produit structuré. La plate-forme sert maintenant de sous-jacent à l'indice MSCI hedge fund. Et si Lyxor gère 24 milliards d'euros dans les hedge funds, la moitié est allouée à la plate-forme.

Rester leader

Sur la performance future des hedge funds, Laurent Seyer se dit confiant: «Notre performance dans les hedge funds devrait dépasser celle de l'an dernier et atteindre 10% en 2006.» Réputée difficile pour ces produits, l'année 2005 a tout de même offert une performance de 6%, soit deux fois le taux sans risque.

Lyxor a l'ambition de rester leader dans ses trois métiers. Sur les ETF, la part de marché est de 23% en Europe. La plate-forme de comptes gérés de hedge funds est de très loin leader mondial. Et dans les fonds structurés, elle obtient les Awards de la profession.

L'avenir des produits structurés? C'est une vague qui promet de durer très longtemps. Comme pour les hedge funds, l'investisseur institutionnel montre un intérêt grandissant. La croissance des produits structurés devrait atteindre 15% ces trois à quatre prochaines années, un taux qui ne fléchit pas depuis dix ans, puis qui descendra entre 5 et 10%, selon Laurent Seyer. Plusieurs instituts tentent d'investir dans ces marchés. Mais persisteront-ils dès que l'environnement se compliquera? demande Laurent Seyer. Ce ne sont pas des métiers qu'on pratique à la légère. L'investissement informatique et humain est permanent.

Une gamme de type rendement absolu

Dans les dérivés, la SG introduit sa nouvelle marque, Adequity, dans de nouveaux pays. Elle existe déjà en France, en Allemagne et en Autriche, et elle sera lancée au Royaume-Uni, en Hollande et en Suisse. Ce sera une gamme destinée aux particuliers et aux tiers gérants indépendants. La création d'une marque identifie bien le produit et ses services et permet d'ancrer la démarche dans le temps.

Lyxor veut aussi lancer des fonds sur des «actifs cachés», tels que la volatilité, la corrélation, les dividendes, la dispersion. Ces actifs ne sont accessibles qu'aux investisseurs actifs sur le marché interbancaire, tels que Lyxor. Placements alternatifs, ils s'apparentent à la sous-catégorie neutre par rapport aux marchés («market neutral»). «Ces fonds sont gérés à partir des techniques quantitatives, notamment des fonds gérés en VaR (valeur à risque)», déclare Laurent Seyer. Il s'agira d'une gamme de type rendement absolu avec une forte décorrélation par rapport aux marchés et l'utilisation des produits dérivés. La gamme aura des niveaux de risques différents selon les investisseurs. Ces fonds seront soumis à la CFB pour les distribuer en Suisse en 2007.

Ces trois prochaines années, Laurent Seyer entend développer Lyxor dans des régions où ses efforts de distribution ont été moins présents, comme en Asie et aux Etats-Unis. «Nous cherchons à offrir la plate-forme de comptes gérés de hedge funds aux résidents locaux. La Suisse sera aussi un terrain d'expansion car peu de fonds Lyxor sont aujourd'hui agréés», selon notre interlocuteur.

En termes de collecte, «nous visons un objectif de 2 milliards d'euros d'actifs par an sur plusieurs années, lesquels s'ajoutent aux 55 milliards actuels», selon Laurent Seyer. Ceci en plus de l'effort porté sur les autres produits, tels que les ETF.

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