Jean-Paul In-Albon me sert un cappuccino, avec du café malaisien. Il s’y reprend à deux fois pour obtenir la bonne mousse de lait. «Il faut la faire à la main, qu’elle n’ait pas de grosses bulles et qu’elle retienne le sucre, même si vous la renversez d’une traite. Le «bon» café dépend lui du grain, de la mouture et du mouvement du barista [le spécialiste qui confectionne les cafés dans les bars italiens].» Devant sa machine à café haute technologie, baptisée E’4, l’homme est intarissable. Après quarante ans d’expérience dans ce domaine – il travaillait notamment pour l’entreprise alémanique Thermoplan – il fonde Eversys en 2009, avec son associé Robert Bircher.

«Nous étions une équipe d’ingénieurs et dès ce nouveau départ, nous avons tout repensé de zéro. Nous avons construit la machine autour du café, en plaçant la matière première au centre du dispositif, raconte-t-il. L’objectif: obtenir le meilleur expresso du monde, comme le ferait une machine traditionnelle italienne, mais de manière automatique.» Après plus de deux ans de développement, les premiers produits de la société valaisanne, qui sont assemblés dans un atelier à proximité des bureaux, à Ardon, sont commercialisés fin 2012.

Jeudi soir, l’entreprise valaisanne a décroché le Prix Sommet lors d’une soirée de gala à Conthey, un concours organisé par UBS pour récompenser une entreprise valaisanne qui exporte avec succès à l’extérieur du canton ou à l’étranger.

La machine Eversys est conçue pour produire un million de tasses, ce qui représente une durée de vie de cinq à sept ans. Elle peut réaliser 350 expressos à l’heure, «tout en respectant les temps d’extraction», précise le dirigeant. Surtout, la start-up n’a pas lésiné sur l’innovation pour se démarquer des fabricants concurrents (Franke, Melita, Thermoplan, qui fournit Starbucks, Cimbali, etc.). «Par exemple, l’extraction se fait de manière inversée (l’eau chauffée est propulsée par-dessous pour traverser la poudre de café), voilà le cœur de notre secret, avec le moulin notamment», glisse le cofondateur. Quatre brevets ont ainsi été déposés pour protéger les innovations de la société.

Les machines valaisannes sont également intelligentes. Leur outil de télémétrie, primé à la foire Host à Milan, permet par exemple de sortir les statistiques du nombre de cafés tirés, de s’assurer de la qualité ou de contrôler la machine à distance. L’interface est complètement personnalisable. Ainsi, pour séduire Microsoft à Redmond, devenu client depuis, la PME a reproduit un environnement Windows. «Ils ont adoré», sourit le directeur général. Le prix de ces bijoux de technologie, autonettoyants, bien évidemment? De 12 000 à 36 000 francs en fonction du nombre de produits que l’on peut confectionner en simultané et d’autres fonctionnalités – comme un frigo intégré pour le lait.

Cette année, ce sont quelque 400 pièces qui seront écoulées (Eversys ne dévoile ni son chiffre d’affaires ni son résultat, mais, selon nos informations, elle devrait atteindre l’équilibre l’an prochain), presque exclusivement vers des petites chaînes étrangères. La start-up possède notamment des partenaires de distribution et de service après-vente aux Etats-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Europe (Allemagne, France, Lituanie, Estonie, etc.) et en Malaisie. «L’an prochain, nous nous développerons en Inde, un marché qui a beaucoup de moyens et qui reste très friand du label helvétique, et en Chine, poursuit Jean-Paul In-Albon. Nous voulons doubler notre production à 800 machines.» A noter que près de 20% du chiffre d’affaires 2014 est d’ores et déjà assuré par une commande venue de l’étranger, qui a été finalisée jeudi dernier, jour de remise du Prix Sommet, doté de 10 000 francs.

Forte de 31 collaborateurs, la start-up possède toutes les compétences à l’interne, du développement au client final. «Nous avons des ingénieurs électroniciens hardware et software, des ingénieurs mécaniciens, des spécialistes du hardware, un designer industriel, etc.», détaille Jean-Paul In-Albon. Côté design par exemple, en ce lundi de décembre, on travaille à redonner un style «vieux» à la pièce d’où sort le café, pour rappeler les machines manuelles traditionnelles.

L’équipe planche également sur une réduction de la taille des machines pour toucher un segment de professionnels avec des plus petits débits. Bref, le directeur croit encore dans la place industrielle suisse, «mais seulement pour des produits innovants. Et je peux vous dire que ce ne sont pas les idées qui manquent à Ardon. Mais, parfois, elles sont un peu trop extravagantes…» Trop éloignées donc de la rigueur nécessaire à la confection exquise d’un petit noir.

Le prix? De 12 000à 36 000 francs, selon le nombre de produits à confectionneren simultané