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Macron aime l’Europe et l’euro aime Macron

Le marché des changes mise sur la victoire du candidat d’En marche!. Depuis la fin du premier tour, la monnaie unique progresse, aidée par le sentiment que la zone euro est vraiment sortie de la crise

Le dollar devrait monter. Selon toute logique, le billet vert devrait être soutenu par la probabilité de plus en plus grande que la Réserve fédérale américaine relève une nouvelle fois ses taux, au mois de juin. Une hausse qui attirerait les investisseurs en quête d’un rendement obligataire plus élevé qu’en Europe, en Suisse ou au Japon.

Mais la réalité est un peu différente. L’euro résiste et ne perd pas de terrain. Au contraire. Durant les quatre dernières semaines, la monnaie unique est passée de 1,0580 à 1,0980, face au dollar. Un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis novembre 2016. L’euro est aussi monté face au franc, de 1,0680 à 1,0840 environ.

La peur envolée de Jean-Luc Mélenchon

La tendance n’a pourtant pas été linéaire. Entre le 10 avril, premier jour officiel de la campagne présidentielle française, et le premier tour du 23 avril, «les sondages montrant la progression de Jean-Luc Mélenchon empêchaient l’euro de monter», résume Nicolas Tissot, responsable des devises à la Banque Cantonale Vaudoise (BCV). Autrement dit, la monnaie unique souffrait de la crainte d’une finale potentielle entre les deux candidats anti-européens que sont le leader des Insoumis et Marine Le Pen.

Jean-Luc Mélenchon n’a pas passé cet écueil. Le rebond le plus marqué a eu lieu le lundi 24 avril, au lendemain du premier tour, poursuit Nicolas Tissot. «Ceux qui avaient vendu de l’euro ou qui s’étaient protégés contre sa baisse se sont sentis rassurés de voir Emmanuel Macron au deuxième tour.»

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Depuis la fin du premier tour, les résultats des sondages ne changent pas. On prédit une avance d’environ 20 points de pourcentage au candidat d’En marche!, ce dimanche soir. Du coup, l’euro s’allège. «C’est comme si on voyait soudainement la lumière et un ciel bleu au bout du tunnel», illustre l’économiste Fabrizio Quirighetti, dans une note d’investissement de la banque Syz. Avec la quasi-certitude qu’Emmanuel Macron sera élu, «les investisseurs réalisent que les perspectives pour la zone euro [de croissance et d’emploi, ndlr] ne sont pas aussi sombres qu’auparavant. Cette reprise leur semble plutôt nouvelle et quelque peu inattendue.» L’euro est donc solide depuis deux semaines. «Et encore plus depuis le débat de mercredi, qui a renforcé la position d’Emmanuel Macron», ajoute Nicolas Tissot, de la BCV.

La dynamique Trump s’estompe

Ces certitudes quant à la défaite de Marine Le Pen et de son projet – même édulcoré – de sortie de l’euro rendent d’autant plus solide la monnaie unique que, du côté américain, les espoirs générés par les promesses de Donald Trump semblent s’estomper. Après une phase d’appréciation post-élections, le dollar n’avance plus vraiment, car «les marchés se sont aperçus que le président n’arriverait pas si facilement à faire passer ses projets».

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Pour Nicolas Tissot, le sort réservé au projet de baisse massive de la fiscalité voulu par Donald Trump sera l’un des événements clés de ces prochaines semaines. Le billet vert pourrait être soutenu par la perspective d’un rapatriement de milliards de dollars de réserves de monnaies détenues par des entreprises américaines à l’étranger.

A court terme, «il devient de plus en plus évident que le dollar perd de son rythme», écrit la banque Syz. L’euro et le yen ont été bien soutenus ces derniers mois et, au moins pour la monnaie européenne, les experts de l’établissement genevois s’attendent à ce que cela continue. Parce que l’inflation remonte (1,9% en avril) et que cela pourrait permettre à la Banque centrale européenne (BCE), qui se réunit le 8 juin, de commencer à évoquer une réduction de l’ampleur de son programme d’assouplissement quantitatif (QE). Mais l’euro devrait aussi progresser grâce à «la diminution des risques politiques». A la défaite de Marine Le Pen, donc.

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