Qui pour faire le «service après-vente» des réformes entreprises depuis son arrivée à l’Elysée? Ces jours-ci, le président français, Emmanuel Macron, a plusieurs fois posé la question à ses proches conseillers, inquiet de voir son impopularité s’enraciner. Or rien, dans le projet de loi de finances 2019 présenté lundi en Conseil des ministres, n’est vraiment de nature à fournir de bons arguments à ses porte-parole. La prévision de croissance économique 2019 est, comme anticipé, ramenée à 1,7% au lieu de 2%. Le déficit public remontera à 2,8% au lieu des 2,4% prévus. En outre, 20 milliards d’euros seront remboursés aux entreprises, dans le cadre des exonérations de charges votées sous le quinquennat précédent. Bref, les bonnes nouvelles restent rares pour le porte-monnaie des Français.

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Sur le papier, un chiffre devrait pourtant réconcilier l’Elysée avec l’opinion publique. C’est en 2019 que commencera à être mise en place la suppression de la taxe d’habitation (un impôt prélevé par les communes), que le président a finalement promis d’abandonner purement et simplement d’ici à 2021. Une baisse de six milliards d’euros d’impôts est aussi annoncée. Sauf que peu d’experts croient à ces promesses, avant le débat parlementaire à l’automne.

Manque de rigueur épinglé

Dans un avis sévère rendu le 12 septembre, la Cour des comptes a ainsi déploré le manque de rigueur des études d’impact préalables aux réformes. «Celles-ci sont souvent rédigées en fin de processus décisionnel […] sans association des tiers concernés par l’objet de la décision, et notamment les collectivités locales», ont asséné les magistrats dans leur avis, mettant en garde contre «des réformes à l’aveugle».

Plutôt que de répondre à ces critiques, le ministre des Finances Bruno Le Maire a, au contraire, alimenté les doutes lors de présentation du projet de loi de finances: «Les résultats français sont insatisfaisants par rapport à nos voisins européens et nous ne comptons certainement pas en rester là […] Nous faisons moins bien que nos partenaires européens sur le chômage, la croissance, le déficit public et sur la dette.»

Point fort de son intervention: la réduction annoncée des dépenses publiques de 54,6% à 54% en 2019 (soit l’une des plus élevées de l’UE). Un effort là aussi ambigu puisque la dette publique française, elle, continue d’augmenter. Elle frôlera les 100% du produit intérieur brut (PIB) en 2019. «Une modeste baisse supplémentaire de la croissance pousserait la dette au-delà des 100% du PIB», estime une note de l’agence de notation DBRS, pour qui la réforme des retraites, les coupes dans les dépenses de santé et la réduction du nombre de fonctionnaires sont indispensables. Trois chantiers assurés de creuser un peu plus le fossé entre Emmanuel Macron et ses concitoyens.