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Les visions économiques d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen sont antagonistes.
© AFP Photo/Eric Feferberg/Joel Saget

France

Macron-Le Pen, deux visions antagonistes de la France

Emmanuel Macron et Marine Le Pen entretiennent deux lignes économiques bien distinctes. Eclairage sur leurs plans de réforme économique

L’un est libéral et europhile, l’autre prône le protectionnisme et le retour au franc français. Emmanuel Macron et Marine Le Pen se livrent un duel pour la présidence française. Eclairage sur leurs plans de réforme économique

Emmanuel Macron, le réformiste prudent

Pas question de toucher à l’âge de la retraite ou aux 35 heures: le candidat d’En Marche! a opté pour un programme économique qui joue les équilibristes entre dépenses et coupes budgétaires. Les questions qui fâchent devraient rapidement refaire surface

Emmanuel Macron a travaillé son image de rebelle sans parti tout au long de la campagne. S’il a réussi à bousculer les clivages politiques traditionnels en prenant la tête des scrutins lors du premier tour de l’élection présidentielle française, l’ancien ministre de l’Economie n’incarne pas moins une certaine forme de continuité. Pour le candidat d’En Marche!, pas question de toucher à l’âge de la retraite (62 ans), la semaine de 35 heures ou d’aborder une éventuelle sortie du nucléaire.

Burkhard Varnholt, directeur adjoint des investissements de Credit Suisse, le concède: «Le programme économique de Macron n’est pas révolutionnaire, mais il constitue une tentative louable de libéraliser et de flexibiliser le marché du travail et de réduire la taille de l’Etat. Au jour d’aujourd’hui, c’est le meilleur espoir pour la France.» En ligne de mire: la volonté de l’ancien de la banque Rothschild de réduire la part des dépenses publiques à 52% du produit intérieur brut (PIB) d’ici à 2022, contre 54,6% actuellement.

Sur une ligne de crête

Quand Emmanuel Macron propose de réaliser 60 milliards d’économies budgétaires (principalement grâce au non-renouvellement de 120 000 postes d’agents publics en cinq ans), c’est pour financer un plan d’investissement à 50 milliards. Le programme économique d’Emmanuel Macron est à l’image de sa campagne: il repose sur une «ligne de crête», à l’équilibre entre gauche et droite.

Pour François Savary, directeur financier et responsable de la politique d’investissement du groupe Prime Partners, il y a une volonté de redynamiser la France, avec des programmes permettant de relancer à la fois la demande et l’offre. Il y a toutefois un petit risque que son programme coûte plus cher que prévu.» En cause? Le chiffrage pas assez détaillé de certaines mesures et les incertitudes qui planent sur la reprise économique et, donc, des éventuelles rentrées fiscales.

Samy Chaar est de ceux qui préfèrent voir le verre à moitié plein. Pour l’économiste de Lombard Odier, «la France n’a pas besoin d’une grande révolution. Le déficit public est passé de 8 à 3% et le niveau d’endettement n’est pas insupportable». La dette publique française – 96,1% du PIB en 2016 – est comparable à celle de la Grande-Bretagne et inférieure à celle du Japon (220%). «La reprise économique européenne est sous-estimée. La France ne joue pas le rôle de locomotive qu’on attend d’elle mais elle bénéficie de cette amélioration.»

Un programme pro-européen

Reste son européanisme: alors que la plupart des candidats ont pointé du doigt les inefficiences de l’Union européenne, le politicien de 39 ans s’est distingué par des propositions en faveur d’une plus grande intégration de la zone euro. Burckhard Varnholt voit en lui un «bâtisseur de ponts capable d’obtenir les réformes structurelles sur lesquelles se sont heurtés tant de gouvernements.»

Et il faudra maîtriser l’art du compromis lors du prochain quinquennat. S’il venait à l’emporter, le président Macron serait vite confronté aux élections législatives de mi-juin. Faute de réseau, sa jeune formation aurait peu de chance de s’imposer. Alors que 40% des Français ont voté pour la rupture au premier tour de la présidentielle, l’Assemblée nationale s’annonce plus divisée que jamais. (Adrià Budry Carbó)


Marine Le Pen: populisme et repli

Le programme de la présidente du Front national est considéré comme illusoire. Il nuira aux entreprises et aux épargnants

Marine Le Pen veut prioritairement sortir de la zone euro. Sur le plan national, elle promet réduire la pression fiscale sur les ménages et «rendre 40 milliards d’euros aux Français» en baissant de 10% l’impôt sur le revenu et en créant une prime de pouvoir d’achat sur les salaires.

Pour les petites et moyennes entreprises, elle propose de réduire l’impôt sur les sociétés de 33 à 24% et de créer des «dispositifs de financement innovants pour orienter l’épargne des Français vers les entreprises françaises» ainsi qu’un fonds d’investissement pour les start-up (réservées aux entreprises domiciliées en France). Sur le marché du travail, Marine Le Pen veut réduire de 62 à 60 ans l’âge de la retraite et maintenir une durée légale de travail de 35 heures par semaine.

L’essentielle des recettes proviendra d’une taxe de 3% sur les produits importés, censée rapporter quelque 15 milliards d’euros et d’une «taxe sur l’embauche de salariés étrangers».

Marine Le Pen dit aussi vouloir réaliser des économies sur la fraude sociale, l’évasion fiscale, l’immigration, l’Union européenne et dégager près de 60 milliards en cinq ans.

«Brexit démultiplié»

Le programme est-il réalisable? «Il est protectionniste, illusoire, populiste et opposé à tout bon sens. Ce n’est tout simplement pas un programme économique», estime François Savary, chief investment officer et responsable de la politique d’investissement du groupe Prime Partners.

Si la présidente du Front national arrivait à l’Elysée et appliquait son programme de retour du franc, la France ferait faillite, estime certains experts. Pour Samy Chaar, économiste chez Lombard Odier, le deuxième tour est ni plus ni moins qu’un référendum sur l’Europe, une sorte de «Brexit démultiplié».

Contrairement à son voisin britannique, la France fait partie de la zone euro. Ainsi, les conséquences économiques de cette sortie seraient bien plus importantes. «En cas de victoire de Marine Le Pen, je doute que l’euro soit capable de survivre sans la France, qui reste l’un de ses deux grands moteurs. Les conséquences économiques seraient majeures. L’euro est la deuxième monnaie la plus utilisée au monde, tant en flux d’épargne qu’en flux commerciaux. Les Chinois adoreraient voir le Renminbi profiter de cet appel d’air», souligne Samy Chaar.

Sortir de la zone euro

Un retour du franc se traduirait par une dévaluation, difficile à chiffrer. «Du jour au lendemain, on ne peut pas faire repartir une économie par ses exportations en dévaluant sa monnaie», rappelle François Savary. En outre, avec une dévaluation, les épargnants risquent de voir leurs économies s’effondrer.

En abandonnant la monnaie unique, la France devrait soit continuer à rembourser sa dette en euros, ce qui serait un fardeau impossible à porter avec le nouveau franc dévalué. Ou alors, elle devrait convertir sa nouvelle dette en monnaie nationale, ce qui ne serait pas accepté par les créanciers internationaux. «La plupart des entreprises ne seraient pas prêtes à faire face à une multiplication de leur dette. Les défauts de paiement se multiplieraient, pesant à leur tour sur les banques les plus fragiles», estime Burkhard Varnholt, directeur adjoint des investissements de Credit Suisse. «Conséquence: ce sont donc 30 milliards d’euros de dépenses en trop qu’il faudrait couper d’un coup. Une rigueur budgétaire auto infligée bien pire que celle requise par les règles budgétaires européennes honnies par Le Pen», lit-on dans Le Point. (Ghislaine Bloch) 


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