«Vas-y maman, on est trop fiers. Fais un médicament contre le cancer!» Jointe quelques minutes après avoir reçu – à distance – le Prix de l’inventeur européen, Madiha Derouazi tient à faire un clin d’œil à ses enfants qui l’ont soutenue pendant de longues années de recherche et de développement.

Ses pensées vont aussi à son frère Mehdi Derouazi. Egalement entrepreneur, il l’a encouragée dès le début de l’aventure Amal Therapeutics. C’est en septembre 2012 que la biologiste genevoise a fondé cette start-up. Objectif: poursuivre le développement de la technologie mise au point dans les laboratoires de l’Université de Genève avec la collaboration des professeurs Pierre-Yves Dietrich et Paul Walker.

Toujours active sur les bords du lac Léman, Amal Therapeutics appartient aujourd’hui à la société pharmaceutique Boehringer Ingelheim, qui l’a rachetée en 2019. Et même si le groupe allemand a déboursé 433 millions de francs pour acheter il y a trois ans l’ancienne start-up et sa prometteuse plateforme vaccinale, la lauréate ne pensait pas obtenir une telle distinction.

Le Temps: Qu’est-ce que ce prix signifie pour vous?

Madiha Derouazi: Il s’agit d’une reconnaissance formidable de tout ce que nous avons fait pendant toutes ces années avec mon équipe. C’est aussi une consécration pour notre technologie parce qu’il ne faut pas oublier qu’au début, nous ne savions pas si ça allait marcher. Alors comme Amal Therapeutics va avoir 10 ans en septembre, c’est un magnifique cadeau d’anniversaire.

Justement, où en êtes-vous dans vos travaux?

Des essais cliniques sont en cours aux Etats-Unis, en Belgique et, bien sûr, aux Hôpitaux universitaires de Genève. Malheureusement, je ne peux pas en dire beaucoup plus puisque nous faisons désormais partie du groupe familial Boehringer Ingelheim. Ce que je peux tout de même relever d’important, c’est que nous avons montré l’année dernière, à l’occasion du congrès d’oncologie ESMO, la preuve de principe. Concrètement, c’est très important, car cela signifie qu’il y a une réponse immunitaire, que la technologie fonctionne.

Il y a quinze ans, lorsque vous avez commencé vos travaux, imaginiez-vous une telle récompense?

J’étais à des années-lumière de tout cela, car j’ai toujours avancé un pas après l’autre: un tour de financement, les essais cliniques… Mais ce qui m’a portée à cette époque, c’était la volonté de voir un premier patient injecté [cela a été le cas en 2019, ndlr]. Tout ce qui arrive maintenant, en revanche, je ne l’imaginais pas vraiment. Vous savez, même si les questions financières sont très importantes, ce n’est pas la même chose que ce prix, qui est une reconnaissance scientifique. Et je reste en premier lieu une scientifique.

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