Le commerce de détail souffre en Suisse. «C’est indéniable. Et nous souffrons avec lui», a reconnu mercredi à Genève Pierre Brunschwig, directeur associé du groupe Bon Génie Grieder (BGG). La conjoncture, le moral des consommateurs et la météo n’ont pas aidé. «Sur ces cinq derniers mois, nous serons en régression de 2 à 3%», résume-t-il.

Selon lui, la concurrence – au sens large – accuse des reculs de 5% et plus. «Les disparités, parfois importantes, dépendent de la taille du magasin et de la nature des articles vendus. Mais dans notre métier, –3%, c’est déjà énorme», explique le responsable dont la holding détient aussi les enseignes Buzzano et Hofstetter Sports à Genève, ou encore Max Mara et Weekend.

Conséquence: le groupe, qui avait ouvert cinq nouveaux magasins en 2012, entend cette année marquer une pause en termes d’acquisitions. Dans un contexte où la tendance de ces dernières années se confirme, avec un renforcement de la demande pour les produits très haut de gamme (environ un tiers de l’assortiment de BGG), «le milieu de gamme souffre beaucoup», résume Pierre Brunschwig, avant d’évoquer un remaniement total de l’offre en ligne de son groupe.

BGG exploite depuis le 1er avril son propre canal numérique de ­distribution. «Cette activité devrait être déficitaire encore plusieurs ­années», précise le responsable. La raison: le modèle d’affaires, «très complexe», est trop différent de la gestion des magasins physiques.

E-commerce coûteux

«Le comportement de la clientèle web est centré sur les possibi­lités de retour de la marchandise. Dans nos magasins, nous observons que, sur 10 000 articles, un seul est rendu. Avec Internet, le taux est de 35%, ce qui exige de quasiment doubler notre logistique d’acheminement de produits.» Sans oublier l’investissement en marketing, jugé disproportionné par Pierre Brunschwig. Ce dernier pense que l’e-commerce n’est peut-être pas adapté à son industrie. «La plupart des initiatives en ligne perdent de l’argent, mais ce n’est pas politiquement correct de l’admettre», signale-t-il.

Côté opportunités, BGG mise sur la clientèle touristique des pays émergents, en particulier chinoise. «Ils achètent encore peu de prêt-à-porter, mais cela commence depuis six à huit mois», relève Pierre Brun­schwig, qui entend engager prochainement des vendeurs sinophones. La clientèle du Golfe, elle, s’est tarie à Genève depuis 2011. «Nous serons, cette année encore, pénalisés par le ramadan. Ces importants clients estivaux reviendront dès 2014», conclut-il.