«Les prix ne correspondaient plus à la réalité du marché. La Suisse se retrouvait avec un prix de vente complètement disproportionné et surtout pas du tout justifié par des coûts de transport. Nous en arrivions pratiquement au double, c’était incohérent», avoue Dominique Dirand, directrice de la diffusion du Point.

Un constat partagé par les lecteurs romands, qui paient leurs journaux étrangers à des prix fantaisistes. Ces derniers sont fixés sur des taux de change souvent inadaptés. Ainsi, l’euro vaut 1,86 franc (Les Cahiers du Cinéma), 2 francs (Mad Movies), 2,16 francs (Le Canard enchaîné) ou jusqu’à 2,33 francs (Voici)… Mercredi, il s’échangeait à 1,24 franc.

Alain Meynier, directeur général de Naville Presse (1250 points de vente en Suisse romande), reconnaît que la «situation est très difficile. Depuis le début de l’année, remarques, interpellations et même quasi-agressions des lecteurs sont de plus en plus fréquentes. Nous faisons des préconisations aux éditeurs, mais eux seuls décident de leurs politiques de prix.» Les publications étrangères représentent environ la moitié du chiffre d’affaires d’un kiosque et, rappelle Alain Meynier, «les titres nous sont vendus en monnaie locale. Le gain de change est chez les éditeurs.» Il insiste: «Il faut comparer ce qui est comparable», soit le prix d’un titre français en euros et d’un titre suisse en francs.

Les lecteurs ne le font pas. «Enormément de clients se plaignent», témoigne Joao Fonseca, vendeur au Naville flambant neuf de la place Cornavin. «Ils prennent le magazine mais le reposent quand on leur donne le prix. Certains voudraient payer le prix en euros [généralement indiqué sur la couverture]…»

Conséquence, ces dernières semaines, quatre titres d’information français – Le Point, Le Nouvel Observateur, L’Express et Courrier international – ont sabré leurs prix suisses (de 6,60 à 5,90 francs pour un prix en France de 3,50 euros). «Naville nous a conseillé de revoir nos prix pour rester concurrentiels. Nous nous sommes alignés sur Le Point et Le Nouvel Observateur», indique Sophie Guerouazel, responsable de la diffusion du Groupe Express-Roularta. Dans le cas des quotidiens (Le Monde, Libération, Le Figaro), l’euro vaut en moyenne 2 francs.

«Pas de changement»

Au Canard enchaîné, dont la différence entre le prix en euros (1,20) et en francs (2,60) est l’une des plus frappantes, l’administrateur délégué Nicolas Bremo se défend. «Notre cas est spécifique. D’abord, notre prix suisse n’a jamais changé depuis 1991. De plus, nous avons 20% d’invendus en France mais 40% à l’étranger. On ne peut pas y faire les mêmes prévisions qu’en France, cela coûte très cher.» Envisage-t-il de baisser son prix? «Ce n’est pas un dossier prioritaire.»

D’autres titres n’ont pas répondu aux appels du Temps.