Magdalena Matullo-Blocher, fille de l’ancien conseiller fédéral, a poussé un coup de gueule contre la Confédération ce matin à l’occasion de l’annonce des résultats de l’entreprise familiale Ems-Chemie.

«Cela ne peut plus continuer comme cela. Alors que les entreprises font d’énormes efforts pour gagner en efficacité et en productivité pour compenser les effets de la décision de la Banque nationale suisse qui renforce le franc, la Confédération prévoit une augmentation de 11% de ses dépenses d’ici 2018 et engage toujours plus de personnel».

La patronne d’Ems-Chemie constate que le budget de la Confédération passera de 66 milliards de francs à 73 milliards de 2014 à 2018 et que l’enveloppe des salaires a grossi de 12% entre 2010 et 2013. «Et que l’on ne me parle pas des besoins dans les domaines de la formation et de la santé: dans l’administration publique l’augmentation des emplois atteint 8%», explique-t-elle.

«De moins en moins efficace»

La patronne d’Ems-Chemie s’emporte lorsqu’elle compare cette évolution avec celle des sociétés confrontées au franc fort. «Les entreprises trouvent des solutions pour compenser les effets de change par des gains d’efficacité et de productivité, mais l’Etat, lui, devient d’année en année moins efficace et de plus en plus bureaucratique. Le Conseil fédéral et le parlement doivent agir rapidement pour corriger cette tendance qui augmente l’endettement de la Confédération et la charge fiscale sur l’ensemble de la population», lâche-t-elle.

En ce qui concerne son entreprise, Magdalena Martullo Blocher va prendre des mesures de renforcement de l’efficacité afin de compenser l’impact négatif de 16% sur le bénéfice d’exploitation (EBIT) attendu en raison du renforcement du franc.

«Nous allons encore augmenter notre force d’innovation et examiner dans le détail toutes les mesures qui rendront la société plus rapide et plus efficace», annonce-t-elle en fixant pour 2015 un objectif de stabilisation de l’EBIT à son niveau en francs suisses. «Nous sommes une des rares entreprises à ne pas effectuer nos prévisions en monnaies locales», constate-t-elle.

Contre le «pessimisme ambiant»

Le chiffre d’affaires 2015 devrait par contre diminuer légèrement à cause de la force du franc, que Magdalena Martullo Blocher voit se stabiliser autour de 1,05 pour un euro durant l’année. «Finalement, le franc fort est une constante de l’économie suisse qui a toujours eu la force de l’affronter et de trouver des solutions en augmentant sa compétitivité», ajoute la patronne, en contrant ce qu’elle appelle «le pessimisme ambiant».

Au sein du groupe chimique, l’emploi en Suisse ne devrait pas être touché. «Le personnel a diminué de 1% l’an dernier et cela restera sans doute dans les mêmes proportions en 2015, affirme la patronne d’Ems-Chemie. Nous n’envisageons aucune mesure comme une réduction des salaires ou une augmentation du temps de travail. Cela dit, nous serons restrictifs sur la création de nouveaux emplois dans le monde et également en Suisse».

Le groupe chimique, dont 62% du chiffre d’affaires est réalisé dans l’équipement pour l’automobile, emploie 2854 personnes, dont plus de 1000 en Suisse. Entreprise exportatrice par excellence, même si cinq nouvelles usines sont planifiées en Chine, Ems-Chemie réalise 4% de son chiffre d’affaires en Suisse alors que la moitié de ses coûts sont en francs suisses. «Nous ne planifions pas de «natural hedging», soit un rapprochement de ces deux chiffres, car cela impliquerait des délocalisations d’emplois qui se trouvent en Suisse. Or nous ne voulons pas aller dans cette direction», souligne Magdalena Martullo Blocher.

L’exercice 2014 d’Ems-Chemie se solde par une augmentation du chiffre d’affaires de 4,6%, à 1,97 milliards de francs et une progression du bénéfice d’exploitation (EBIT) de 14,7%, à 423 millions de francs. Le bénéfice net augmente de 7,9% à 349 millions. La marge bénéficiaire EBIT passe de 19,6% à 21,5%.