Innovation

Magic Leap, la mystérieuse start-up qui intrigue la Silicon Valley

La jeune société travaille sur une technologie de réalité augmentée. Elle compte des investisseurs prestigieux, comme Google

C’est l’une des start-up américaines les plus mystérieuses mais aussi l’une des plus prometteuses. Sans jamais avoir présenté le moindre produit, ni même le moindre prototype, Magic Leap continue ainsi d’attirer les investisseurs. La semaine passée, la société a officialisé une prochaine levée de fonds d’un montant minimum de 827 millions de dollars.

Fondée en 2011 en Floride, Magic Leap travaille sur une technologie de réalité augmentée. Celle-ci doit permettre d’afficher des hologrammes dans le monde réel, à la manière du casque HoloLens présenté en début d’année par Microsoft. La jeune entreprise entretient une culture du secret. Elle communique peu. Et elle s’est pour le moment contentée de quelques courtes vidéos de concept, dont l’authenticité reste encore à prouver.

Si Magic Leap intrigue, c’est aussi en raison de l’identité de ses investisseurs. L’an passé, la start-up avait déjà levé 542 millions de dollars. Ce tour de table avait été mené par Google, dont les premiers efforts dans le domaine – les lunettes Glass – n’avaient pas été à la hauteur de l’euphorie initiale. Depuis, Sundar Pichai, le directeur général de la société de Mountain View, siège au Conseil d’administration de Magic Leap.

De prestigieux investisseurs

L’entreprise avait aussi convaincu de grands noms de la Silicon Valley: les prestigieux fonds de capital-risque Kleiner Perkins et Andreessen Horowitz. L’identité des nouveaux entrants au capital n’a pas encore été révélée. Ces dernières semaines, la presse américaine faisait cependant état de discussions avancées avec Alibaba, le géant chinois du commerce en ligne. Magic Leap est désormais valorisée à 3,7 milliards de dollars, c’est quasiment deux fois plus que le chèque signé en 2014 par Facebook pour racheter Oculus, la société spécialisée dans la réalité virtuelle.

S’ils s’expriment rarement, les responsables de la jeune pousse ne manquent pas d’ambitions. «Nous ne sommes plus en phase de recherche théorique. Nous nous préparons pour livrer des millions d’appareils», assurait le mois dernier Rony Abovitz, le patron de Magic Leap au cours d’une conférence organisée par le Wall Street Journal. «Nous ne sommes pas encore prêts à annoncer une date de lancement mais nous n’en sommes plus très loin», avait-il ajouté.

Une dernière vidéo, assurée sans trucage, laisse entrevoir le potentiel de la technologie. On y voit notamment un hologramme de notre système solaire. En se déplaçant, l’utilisateur peut alors naviguer autour du soleil et des planètes. «Les possibilités sont illimitées, promet Rio Caraeff, le directeur des contenus. Avec Magic Leap, le monde est votre écran. Et vous pouvez faire tout ce que vous faites aujourd’hui sur votre smartphone».

Selon des brevets déposés auprès des autorités américaines, le système repose sur une véritable paire de lunettes. Les hologrammes sont affichés sur les deux verres. Le dispositif est complété par une petite caméra. Celle-ci permet d’analyser l’environnement pour que les hologrammes apparaissent au bon endroit. Elle doit aussi servir à offrir des informations pertinentes selon le contexte. Beaucoup de questions restent encore en suspens. Un mystère volontairement entretenu par la société.

Un obstacle? le prix

«Nous voulons que les gens retrouvent des relations humaines normales. Votre vie numérique peut être présente mais elle n’aura plus à prendre le pas sur l’ensemble de votre monde», veut croire Rony Abovitz. Selon le responsable, les utilisateurs de Magic Leap n’auront ainsi plus besoin de sortir leur smartphone et focaliser leur attention sur cet écran. Cet argumentaire avait déjà utilisé par les concepteurs des Google Glass. Sans vraiment convaincre.

Autre obstacle: le prix de l’appareil. Il faut aujourd’hui débourser 3000 dollars pour mettre la main sur une version de développement d’HoloLens. Cela limitera l’intérêt du grand public. Les débouchés pourraient ainsi davantage se trouver sur le marché professionnel. «Le potentiel de la réalité augmentée semble plus grand que celui de la réalité virtuelle», prédit Brian Blau, analyste chez Gartner.

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