Qu’est-ce qu’une bonne plate-forme d’investissement? Selon que l’on est gérant d’actifs ou de patrimoine ou encore client sophistiqué, les attentes peuvent différer. Mais elles convergent au moins sur deux  points: l’efficacité et la capacité à ouvrir de nouveaux horizons d’investissement.

Car pour apporter une réponse viable aux défis que représentent la transparence fiscale, avec un échange automatique d’informations qui va démarrer dès 2017, la pression sur les commissions de gestion et la disparition des rétrocessions, ainsi que l’évolution vers une demande, plus jeune, plus ambitieuse et plus pragmatique, une légère remise à jour des vieilles recettes ne suffit plus. Un changement radical est nécessaire. Et qui dit mutation, dit opportunités pour les acteurs suffisamment souples et proactifs capables de s’adapter au nouveau paradigme de la place financière.

Si la traditionnelle «maison de banque» continuera de répondre à un certain nombre de besoins, d’autres ne trouveront leur satisfaction que dans des «one-stop-shops», nouveaux témoins de l’ère postindustrielle de la gestion. Dans ce type de structures, les solutions sont développées par un réseau de gérants spécialisés issus de divers horizons et capables de sélectionner les meilleures opportunités d’investissement ou, si nécessaire, de les structurer en fonction des besoins.

L'absence de biais de distribution

Du fait de leur alignement total avec l’intérêt de leurs clients, ces «échoppes» ne présentent aucun biais de distribution. Et parce qu’elles se doivent d’être proactives et agiles, les liens avec leur clientèle exigent des technologies de pointe faciles d’utilisation et modulables en fonction des besoins de chacun. 

Outre-Atlantique comme sur le vieux continent, la demande des clients, qu’ils soient institutionnels ou quasi-institutionnels comme les HNWI, a en effet beaucoup évolué. Il est devenu tout à fait inutile de les «assommer» de milliers de pages de rapports auxquels ils sont devenus allergiques. L’avantage compétitif réside dans la capacité à leur offrir une information exclusive, à jour, objective et désintéressée, celle à laquelle il n’est possible d’accéder qu’au travers d’entretiens directs avec les responsables de secteurs-clef de manière à pouvoir suivre au jour le jour les évolutions susceptibles d’avoir un impact direct sur les décisions d’investissements.

Investir sur le terrain, en direct

En Suisse, c’est ce type d’informations, prises directement au pouls des entreprises et des décideurs, qu’ils soient politiques ou autres, qu’une structure de gestion d’actifs idéale devrait être capable d’apporter à ses clients en tout temps. Avec les générations montantes, ces derniers retrouvent la caractéristique première de l’actionnaire qui est d’agir avec, aux côtés de, dans des structures en plein développement dont la rationalité économique est claire. Il s’agit davantage d’investir sur le terrain, en direct, dans des projets concrets plutôt que de courir après le dernier cinq étoiles des performances aux théories financières alambiquées et dont les résultats ne justifient souvent pas les coûts de gestion.

Ceci peut prendre la forme de capital-investissement (private equity) par exemple, un domaine dans lequel de nombreux investissements sont difficilement accessibles. Or c’est précisément par le réseau qu’il a constitué que le «one-stop-shop» est en mesure d’ouvrir les portes de niches telles que le «club deal» (investissement syndiqué collectif), les prêts directs, une pratique très répandue aux Etats-Unis et qui gagne du terrain en Europe, ou encore l’immobilier direct.

Le nouveau monde de la transparence

L’investissement peut également prendre la forme de capital-risque ou encore de stratégies ad hoc visant à tirer parti de situations particulières comme la consolidation d’un secteur tel que la santé, par exemple. A l’inverse, lorsqu’il s’agit de financement, la plate-forme devra être à même d’offrir des solutions variées et en particulier émanant de nouvelles sources, locales ou internationales. Enfin, last but not least, le pragmatisme n’empêche nullement l’attention à l’autre et à la planète. Mais dans ces domaines encore souvent nébuleux que sont la philanthropie et l’investissement d’impact, l’aide à l’élaboration de portefeuilles cohérents avec les attentes et la vision de chaque client exige un savoir-faire particulier et, avant tout, la capacité à mobiliser un réseau de spécialistes idoines.

Bref, s’il fallait résumer la stratégie d’une plate-forme d’investissement postindustrielle, elle tiendrait dans cette formule: agir et investir «out of the box» parce que les modèles d’hier avec des gérants qui passent les 2/3 de leur temps à remplir et vérifier des formulaires et qui se voient contraints de proposer des solutions d’investissement qui bénéficient davantage à leur concepteur qu’à la clientèle, ne peuvent plus fonctionner dans un monde de transparence et d’immédiateté de l’information. Il y faut des entrepreneurs au service des entrepreneurs.

* Directeur général de Sartus Capital