Le maintien, à la tête du FMI, de Kristalina Georgieva, accusée d'irrégularités, restait en suspens dimanche soir, après une nouvelle réunion de ses instances dirigeantes à la veille de l'ouverture des réunions d'automne de l'institution. Le Conseil d'administration du Fonds monétaire international, qui estime avoir fait «d'autres progrès significatifs» dans la compréhension de ce dossier, pourrait de nouveau se réunir lundi, selon deux sources proches du dossier, après une série de réunions cette semaine.

Le conseil, qui compte 24 membres représentant 190 pays, prend généralement ses décisions par consensus. L'objectif est «de conclure très prochainement l'examen» de ce dossier, a expliqué un porte-parole dans un communiqué dimanche soir très similaire à celui publié deux jours plus tôt.

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Le conseil d'administration du FMI a entendu tour à tour Kristalina Georgieva et les représentants du cabinet WilmerHale. Mais le sort de Kristalina Georgieva, qui nie farouchement les faits qui lui sont reprochés, divise les membres du FMI. D'une part, l'Europe et l'Afrique souhaitent son maintien. D'autre part, les Etats-Unis et le Japon sont pour l'heure réticents à la voir poursuivre ses fonctions, selon plusieurs sources proches du dossier.

Des irrégularités dénoncées dans une enquête

Quand bien même la direction du FMI venait à lui renouveler sa confiance, la directrice générale, une Bulgare âgée de 68 ans, ressortirait affaiblie de cette affaire qui a éclaté avec la publication, le 16 septembre, des conclusions d'une enquête du cabinet d'avocats WilmerHale.

Cette enquête a pointé des irrégularités dans la rédaction des éditions 2018 et 2020 du rapport «Doing Business» de la Banque mondiale. Et ses auteurs ont accusé Kristalina Georgieva d'avoir fait pression sur ses équipes quand elle était directrice générale de la Banque mondiale pour que la Chine obtienne un classement plus favorable.

Cette enquête a été menée à la demande du comité d'éthique de la Banque mondiale alors que ce rapport, qui classe les pays par rapport à leur facilité à faire des affaires, a fait l'objet de nombreuses polémiques et avait conduit à la démission de l'ancien chef économiste, Paul Romer.

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La possibilité de son retrait qualifiée de «coup d'Etat» 

Six anciens responsables de la Banque mondiale, dans une déclaration publiée par une agence de relations publiques retenue par Kristalina Georgieva, l'avaient défendue récemment, la qualifiant de «personne de la plus grande intégrité et engagée en faveur du développement».

Jeffrey Sachs, directeur du Center for Sustainable Development de l'Université de Columbia, a, lui, estimé dans le Financial Times que sa destitution «serait une capitulation dangereuse et coûteuse devant l'hystérie anti-Pékin», allusion au fait que Washington accuse la Chine d'interférences dans les institutions internationales.

Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel et ancien chef économiste de la Banque mondiale, a qualifié de son côté les efforts pour la destituer de «coup d'Etat» et le rapport WilmerHale d'«entreprise de démolissage», dans un article publié sur Project Syndicate, média en ligne d'opinions.

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Ses partisans mettent aussi en avant son bilan pendant la crise provoquée par la pandémie de Covid-19, la dirigeante ayant oeuvré pour aider les pays les plus vulnérables.

La conférence de presse de mercredi attendue

L'absence de décision jette un froid sur les réunions du Fonds et de la Banque mondiale qui démarrent lundi. Kristalina Georgieva, qui a pris la tête du Fonds le 1er octobre 2019 pour remplacer Christine Lagarde, doit intervenir au cours d'une table-ronde sur la thématique: réinventer le lieu de travail pour les femmes. Mais c'est surtout sa conférence de presse de mercredi qui est désormais très attendue.