Analyse

Le maintien de Patrik Gisel à la tête de Raiffeisen n’était plus tenable

Ancien protégé de Pierin Vincenz, lui-même soupçonné de gestion déloyale, l’actuel directeur général était largement critiqué. Sa démission permettra à la banque d’avancer

Le départ de Patrik Gisel n’est qu’une demi-surprise. Annoncée mercredi matin, la démission pour la fin de cette année du directeur général de Raiffeisen n’étonne que par son timing. Après des mois passés à défendre son intégrité et à être soutenu par son conseil d’administration, le successeur de Pierin Vincenz semblait déterminé à s’accrocher le plus longtemps possible au gouvernail de la banque.

«En me retirant, j’espère contribuer à apaiser le débat public autour de ma personne et de la banque, et protéger la réputation de Raiffeisen», a finalement déclaré Patrik Gisel dans le communiqué confirmant son départ. De son côté, le conseil d’administration rappelle que «ni la procédure d’enforcement de l’autorité de surveillance des marchés financiers, close en juin 2018, ni les résultats intermédiaires de l’enquête indépendante en cours sur «l’ère Pierin Vincenz» ne mettent en cause Patrik Gisel d’un point de vue juridique – son intégrité ne fait aucun doute».

Pas d’enquête

On voit mal, pourtant, comment Raiffeisen aurait pu sortir de l’affaire Pierin Vincenz tout en maintenant son ancien bras droit aux commandes. Non pas que Patrik Gisel ait commis des actes répréhensibles. Le Ministère public zurichois ne semble pas le penser: alors que ce dernier soupçonne Pierin Vincenz de gestion déloyale et l’a placé quinze semaines en détention provisoire, il ne s’est pas intéressé à son successeur.

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La question centrale n’est de toute façon pas ce qu’aurait fait ou non Patrik Gisel. Mais plutôt son ignorance ou son aveuglement, volontaire ou non, face à ce qui se passait à la tête de la banque. Il a été le numéro deux de Pierin Vincenz depuis 2002, avant de reprendre son poste en 2015. Or, comme le soulignait le professeur Peter V. Kunz de l’Université de Berne dans Le Temps, il est «étrange» que Patrik Gisel n’ait rien su. «D’un point de vue de la gestion des affaires, il aurait dû être amené à se poser des questions.» Autre façon de le dire, pour la NZZ, «tout cela fait fortement penser à un passager dans un side-car qui ne remarquerait pas que le conducteur de la moto ne prend pas les signaux de circulation très au sérieux et prend, de temps en temps, des sens interdits».

Si Pierin Vincenz reste présumé innocent, la Finma, elle, a donné ses conclusions: il s’est produit de «graves manquements» dans la gouvernance d’entreprise de Raiffeisen. L’autorité a ainsi demandé à la banque de changer son conseil d’administration, qui n’avait pas joué son rôle. Elle n’a rien dit concernant son directeur général. Ce qui n’a rien changé au malaise général: garder à la tête de la banque l’ancien protégé de celui par qui tous les problèmes sont arrivés n’était plus tenable.

Après la cession de plusieurs participations, dont celle de Notenstein à Vontobel, le remplacement de l’ancienne cheffe juridique – épouse de Pierin Vincenz –, une nouvelle étape de la reprise en main de la troisième banque du pays vient d’être franchie. Reste à renouveler le conseil d’administration et à trouver le successeur de Patrik Gisel pour que Raiffeisen puisse sortir de cette crise.

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