Plusieurs hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche ont instamment demandé la semaine dernière aux dirigeants des banques Goldman Sachs Group, Bank of America et JPMorgan d’arrêter leurs efforts de lobbying sans précédent, rapporte l’agence Bloomberg. Ces campagnes sont destinées à faire capoter un projet de loi visant à réglementer de façon beaucoup plus sévère le secteur financier.

Le 6 avril, David Axelrod, principal conseiller de Barack Obama et Lawrence Summers, responsable du Conseil économique national ont rencontré Lloyd Blankfein, le directeur général de Goldman Sachs, Jamie Dimon, celui de JPMorgan, Brian Moynihan, leur homologue chez Bank of America ainsi que douze autres dirigeants de banques, à en croire des sources gouvernementales interrogées par Bloomberg. Durant la rencontre, Larry Summers a exigé que les banques cessent leurs campagnes publicitaires dénonçant le projet de loi et arrêtent de pousser leurs lobbyistes à tenter de faire insérer des cas particuliers et des exceptions dans les règles actuellement à l’étude. Fin mars, le secrétaire adjoint au Trésor Neal Wolin avait déjà critiqué la Chambre américaine de commerce, qui mène une campagne «dispendieuse et agressive» pour faire échouer la mise en place d’une agence fédérale de protection des usagers bancaires. Depuis janvier 2009, les contributions aux partis politiques et les efforts de lobbying des grandes banques sur un grand nombre de sujets ont représenté des dépenses de plus de 500 millions de dollars.

Les banquiers ont indiqué à la Maison-Blanche que s’ils soutenaient une réforme réglementaire, ils s’inquiétaient du projet de loi soutenu par le président de la commission bancaire du Sénat, Christopher Dodd. Celui-ci tente de mettre en place de nouvelles règles de protection des usagers des établissements financiers. Son projet a été approuvé par la commission le mois dernier et Christopher Dodd espère qu’elles seront votées par le Sénat avant fin mai. La Chambre des représentants a déjà adopté sa version du projet de loi en décembre. La menace d’une interdiction de toute spéculation pour compte propre – le «proprietary trading» – rend les banques particulièrement nerveuses. Celles-ci s’opposent également au projet d’une taxe sur les spéciale sur leur activité, dont celle annoncée par Barack Obama en janvier et visant à générer des recettes de 90 milliards de dollars sur dix ans. L’influent sénateur démocrate, principal auteur de la réforme au Sénat, a fustigé mercredi la «désinformation» sur le projet de loi, propagée, selon lui, par les républicains et les groupes d’intérêts liés à Wall Street.

Les proches de la Maison-Blanche ont affiché leur confiance dans l’adoption d’une loi sur le sujet cette année, l’un d’entre eux estimant les chances que cela soit le cas à neuf sur dix. Un porte-parole de la présidence, a indiqué que Barack Obama n’accepterait pas que ces mesures soient affaiblies. Rencontrant aujourd’hui les parlementaires démocrates et républicains pour discuter de ce texte, le président américain a dit vouloir «agir rapidement» pour faire aboutir au Congrès ces réformes.