Si Jacques Chirac a voulu, lors de l'allocution présidentielle le 14 juillet, rallumer le débat sur le besoin d'adapter le Pacte de stabilité à la conjoncture économique, il a de quoi être satisfait. Les réactions, le plus souvent violentes, ont fusé dès lundi, tant au sein de la Commission que dans les pays membres de l'Union européenne (EU). «La Bastille a été attaquée un 14 juillet. Ce 14 juillet, c'est le Pacte de stabilité qui est attaqué», a ironisé le ministre néerlandais de l'Economie, Gerrit Zalm. «Nous ne devons même pas en discuter», a rétorqué Karl-Heinz Grasser, son homologue autrichien. Quant au commissaire européen aux Affaires économique, Pedro Solbes, il a affirmé qu'«il veillerait à l'application des procédures établies». Tout aussi tranché, Jean-Claude Trichet, futur directeur de la Banque centrale européenne (BCE), s'est dit lundi opposé à un assouplissement.

Approuvé en 1994 dans le cadre de l'Union économique monétaire (UEM), le Pacte de stabilité veut avant tout assurer la gestion saine des finances publiques dans la zone euro afin d'éviter que la politique budgétaire laxiste d'un Etat membre ne pénalise les autres. Il limite le déficit public des Etats membres de l'UE à 3% du produit intérieur brut (PIB) et prévoit des sanctions pour les mauvais élèves. Pour 2003 deux pays, l'Allemagne et la France, s'annoncent d'ores et déjà comme de mauvais élèves. Les deux pays devraient vraisemblablement récidiver l'année prochaine et risquent des amendes pouvant atteindre 10 milliards d'euros pour le premier et 7,5 milliards pour l'autre.

Financer les transports et la recherche

Le débat sur le Pacte de stabilité n'est pas nouveau. En 2002, année de très faible croissance économique dans la zone euro, l'Allemagne, la France, l'Italie et le Portugal avaient dépassé le seuil de 3% de déficit public. Le chancelier Schröder s'était alors fait l'avocat d'un assouplissement temporaire, histoire de desserrer la ceinture et de relancer l'économie allemande, qui s'enfonçait dans la récession, tout en jurant qu'il se tenait à la discipline budgétaire imposée par le Pacte. Cet argument avait été repris en octobre par le président de la Commission, Romano Prodi, qui dans une interview au quotidien français Le Monde avait qualifié le Pacte d'«instrument stupide, comme toutes les décisions qui sont rigides». La levée de boucliers avait été immédiate. «Celui qui est stupide, c'est celui qui pense que l'on peut faire des montagnes de dettes», avait rétorqué le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker.

En remettant l'ouvrage sur le métier, le président français vient simplement rappeler que la zone euro, et pas seulement la France, n'est toujours pas sortie de l'ornière. Selon toutes les prévisions, la croissance sera de 0,8% en 2003, alors qu'aux Etats-Unis, qui augmentent massivement les dépenses publiques et réduisent les impôts, elle devrait dépasser les 2%.

Selon Jacques Chirac, un assouplissement temporaire du Pacte et l'ouverture de quelques travaux d'infrastructure pourraient donner un coup de fouet à la zone euro. La France devrait pouvoir compter sur le soutien allemand pour faire avancer le débat même si le ministre allemand des Finances, Hans Eichel, a déclaré que «la marge de manœuvre contenue dans le Pacte est suffisante pour permettre aux gouvernements européens de maintenir serrés les cordons de la bourse sans pour autant grever la croissance». Berlin table sur un déficit de 3,5% en 2003, contre 3,6% l'an dernier.

Même si les réactions contre la proposition du président français ont été nombreuses, les ministres européens de l'Economie et des Finances (Ecofin) ne sont pas dupes. Réunis à Bruxelles mardi sur le thème de la relance économique, ils se sont penchés sur un ambitieux programme d'investissements massifs dans les transports et la recherche. Ils ont mandaté un groupe d'experts qui devrait évaluer d'ici à l'automne son impact sur l'économie européenne. Si un tel programme voit finalement le jour, il pourrait permettre à l'UE de réconcilier les deux blocs qui s'affrontent violemment aujourd'hui.