Le goût du risque anime à nouveau le monde de la finance. La bonne nouvelle vient des Etats-Unis. Selon le Wall Street Journal, après avoir atteint son niveau le plus bas en cinq ans au cours du premier trimestre 2003, le marché du capital-risque amorce son redressement.

Sur la fin de l'année, les sommes engagées dans des sociétés en démarrage augmentent de 11% par rapport au troisième trimestre, à 4,9 milliards de dollars (6,1 milliards de francs), selon National Venture Capital Association (NVCA).

Au final, 2003 n'a pas mis fin à plusieurs années de vaches maigres (18,2 milliards contre 21,4 milliards investis en 2002), mais semble bien, au regard du dernier trimestre, avoir enrayé la baisse. Impression similaire en Europe, où l'on note une reprise, selon European Venture Capital Association (EVCA).

Un retour aux affaires qui s'observe aussi en Suisse. «Si le début de l'année 2003 a été très calme, le nombre de transactions est reparti à la hausse à partir de septembre. Et cette amélioration se poursuit», confirme Jacques Bonvin, avocat, associé du cabinet Tavernier Tschanz à Genève, actif dans le capital-risque et le private equity (investissement dans des sociétés non cotées). A la direction de la Fondation du Parc scientifique (PSE) d'Ecublens, Jacques Laurent assiste jour après jour à la création de projets. Il salue, pour l'exercice écoulé, l'investissement de 30 millions de francs, dans six entreprises. Si on est loin des 50 millions misés en 2002, c'est un signe positif selon lui. Christian Puhr, directeur de la fondation suisse d'investissement Renaissance PME, qui gère plusieurs fonds actifs dans le private equity, modère toutefois cet enthousiasme. «La frilosité est intacte dans ce pays», affirme-t-il, tout en soulignant le manque d'organisation des marchés helvétiques.

Plus que l'amélioration conjoncturelle, c'est l'évolution générale de la Bourse qui explique ce soubresaut. «Lorsque le marché des actions est bas, il est plus intéressant d'investir dans des sociétés cotées. Parce que leurs titres sont bon marché et liquides», remarque Patrik Frei, fondateur de Venture Valuation, qui est spécialisée dans la valorisation de sociétés à forte croissance. A l'heure actuelle, le retour en grâce des marchés boursiers pousse certains investisseurs à s'intéresser à nouveau au capital-risque, plus rémunérateur mais plus risqué.

La baisse des marchés a entraîné de plus une chute dramatique des entrées en Bourse (IPO). En 2000, la Bourse suisse (SWX Exchange) a accompagné la première cotation d'une vingtaine de sociétés. Elle n'enregistre aucune IPO en 2003. Cette déprime éloigne la solution choisie en règle générale par un capital-risqueur pour se retirer d'un investissement. «La plupart des sorties se font aujourd'hui à travers des ventes (trade sales) d'actions ou d'actifs et non plus des entrées en Bourse», constate Jacques Bonvin. Le regain boursier devrait cependant stimuler les IPO, de quoi séduire les financiers.

Alors que les nouvelles technologies (Internet, télécommunications et réseau) ont drainé beaucoup de fonds dans les années 1990, les sciences de la vie s'avèrent désormais le principal bénéficiaire. Les raisons de cet engouement sont multiples. D'une part, il s'explique par le vieillissement des «baby-boomers». Cette génération, née après la Seconde Guerre mondiale, demande toujours plus d'attention du point de vue médical. D'autre part, les grands de la pharma, en mal de nouveaux médicaments, changent graduellement leur stratégie de recherche et développement. Ils rachètent de plus en plus de jeunes entreprises avec leurs molécules.

L'intérêt manifesté à l'égard de la biotech rappelle le temps de la Nouvelle Economie, à la fin des années 1990. Période durant laquelle nombre d'investisseurs se sont brûlé les ailes en mettant leur argent dans des projets prometteurs. «L'explosion de la bulle technologique a laissé des traces conséquentes dans les bilans des institutionnels», considère Christian Puhr. Parlera-t-on bientôt de bulle biotechnologique? «On fera toujours des erreurs. Dans la finance, vous trouvez 99 moutons pour un leader. C'est la raison pour laquelle il y a des krachs. Le seul moyen pour réussir est d'avoir une vision à long terme et de traverser les cycles sans sourciller», estime Christian Puhr. Le dernier krach a toutefois eu un impact sur le comportement des investisseurs qui entrent toujours plus tard dans le capital des sociétés. Au grand dam d'entrepreneurs qui réclament rapidement des fonds.