Agriculture

La Malaisie veut redorer l’image de l’huile de palme

Lors de sa tournée européenne, la ministre malaisienne des matières premières, Teresa Kok, est venue promouvoir l’huile de palme en Suisse. Selon elle, ce produit ne mérite pas sa mauvaise réputation

De passage en Suisse pour sa première visite européenne, la ministre malaisienne du secteur primaire, Teresa Kok Suh Sim, a rencontré lundi le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann dans le cadre des négociations en vue d’un accord de libre-échange entre les deux pays. Rien n’a été conclu et les négociations sont encore loin d’être achevées. Cette visite a plutôt été l’occasion pour la politicienne en poste depuis mai dernier de faire sa campagne promouvant l’huile de palme.

«Mission huile de palme»

Issue de la pulpe des fruits du palmier à huile, cette résine est utilisée dans la fabrication d’aliments transformés, à la place de graisses animales. L’Indonésie et la Malaisie sont les deux plus grands producteurs, qui totalisent plus de 85% de la production mondiale. Cette matière première «est très importante pour l’économie de notre pays», a-t-elle dit tout de go lors d’un entretien mardi à Genève avec Le Temps.

Lors de cette tournée d’une semaine à travers l’Europe (Suisse, Espagne et Bruxelles), appelée «mission huile de palme» par les médias malaisiens, Teresa Kok s’est bien entourée: représentants du ministère, d’organismes gouvernementaux chargés de promouvoir l’huile de palme et de l’Institut malaisien de recherche forestière. Objectif: redorer le blason de cette denrée qui représente la majorité des exportations de la Malaisie vers l’Europe. Car la popularité de ce produit chute sur le Vieux Continent. Il est décrié par les ONG environnementales pour les dégâts que sa production engendre (déforestation, déclin de la biodiversité) et sa forte teneur en mauvaises graisses. Bon marché, il représente un concurrent pour la production indigène.

Fausses accusations

«Nous sommes très surpris des nombreux malentendus en Suisse et en Europe sur l’huile de palme, a déclaré Teresa Kok. Si nous sommes ici, c’est pour comprendre pourquoi il y a tant de réticences face à ce produit et pour changer cette perception.» Elle brandit ses arguments. Bien que consciente de la déforestation, la ministre avance qu’il existe encore 55% de forêt vierge sur le territoire malaisien, un objectif qu’elle s’était fixé et qu’il faut désormais maintenir. Le rendement des palmiers à huile est très élevé, et les quelque 650 000 petits producteurs, aux conditions de travail déplorables et qui exploitent 40% de la surface totale dédiée à la production d’huile de palme, seront soutenus.

Quant aux conséquences néfastes de ce produit décrié sur la santé, elles n’ont pas été prouvées. Contenant autant de graisses saturées qu’insaturées, l’huile de palme est un produit neutre, promet le Dr Kalyana Sundram, membre du Malaysian Palm Oil Council. «En Suisse, vous aimez utiliser le beurre dans la cuisine. Or ce produit contient 80% d’acides gras saturés», a-t-il souligné. Ces «mauvaises» graisses sont connues pour favoriser les maladies cardio-vasculaires.

Répondre à la demande

Enfin, l’importation en Suisse de cette denrée inquiète les agriculteurs suisses. La semaine passée, le Conseil des Etats a refusé d’extrême justesse d’exclure l’huile de palme de l’accord de libre-échange avec la Malaisie, alors que le National plébiscitait cette mesure. Si Teresa Kok est réceptive aux soucis des agriculteurs suisses, elle soutient que son produit phare ne fait et ne fera pas concurrence aux huiles indigènes.

L’huile de palme répond à une réelle demande. La Suisse importe même de l’huile de colza, soit 10 000 tonnes, car sa propre production n'est pas suffisante, a relevé la ministre. Plus que la population elle-même, ce sont les industries agroalimentaires qui sont gourmandes en huile de palme (80 à 90% des importations). Kambly les utilise par exemple pour ses biscuits qu’elle exporte ensuite.

«L’huile de palme ne doit pas être vue comme une menace», résume Teresa Kok, qui met en avant la volonté du gouvernement nouvellement formé de repartir sur de bonnes bases. Il ambitionne de certifier l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement d’ici à fin 2019. Tous les producteurs seront subventionnés et informés des bonnes pratiques en matière de durabilité. «Nous prenons cette certification [MSPO, Malaysian Sustainable Palm Oil Certificate] très au sérieux», assure la responsable du secteur primaire.

Dialogue avec les ONG

Teresa Kok a en outre rappelé que son pays a été, il y a dix ans, le premier au monde à produire et exporter de l’huile de palme durable. La Malaisie produit plus de 40% de cette matière première certifiée, toutefois celle-ci n’est pas encore entièrement utilisée par l’industrie européenne. Des propos qu’elle a aussi tenus devant des ONG, qu’elle cible explicitement dans sa campagne, et des entreprises du secteur lors d’une table ronde à Berne.

Les mesures annoncées par la Malaisie pour davantage de durabilité ainsi que leur portée seront scrutées par la Suisse. Un groupe de travail composé d’experts suisses et malaisiens, dont la création a été décidée lundi entre Johann Schneider-Ammann et Teresa Kok, s’en chargera. Ensuite seulement un accord pourra être envisagé. Une chose est toutefois claire: Teresa Kok n’en veut pas s’il exclut l’huile de palme.

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