Les partisans du Brexit peuvent se frotter les mains. La croissance au Royaume-Uni n’a guère ralenti depuis le vote en faveur d’une sortie de l’Union Européenne. La première estimation du PIB pour le troisième trimestre, publiée ce jeudi et couvrant la période après le référendum du 23 juin, a été plus élevée qu’attendu, à 0,5%.

Ce résultat représente un léger ralentissement par rapport au deuxième trimestre, quand le PIB avait augmenté de 0,7%, mais on est loin des prédictions catastrophiques d’avant le vote. Sur douze mois, la croissance atteint les 2,3%. «L’économie britannique continue à croître à un rythme relativement similaire à celui en cours depuis 2015 et il y a peu de signes d’un effet immédiat suivant le vote», affirme Joe Grice, économiste à l’Office nationale des statistiques.

Ces bons chiffres apparents n’ont pourtant guère rassuré les observateurs, qui continuent à envisager l’avenir proche avec pessimisme. «[Ces résultats] soutiennent l’argument que les économistes ont exagéré l’impact du vote, estime Elizabeth Martins, économiste à HSBC. Malheureusement, ça ne change pas notre opinion, à savoir qu’un ralentissement arrive. Nous pensons que l’investissement va baisser et la consommation ralentir l’année prochaine.» le Centre for Economic and Business Research rejoint cette position: «La croissance n’a pas été perturbée par le Brexit, mais ça ne durera pas.» La plupart des économistes tablent pour 2017 sur une croissance divisée par deux, autour de 1%.

Attitude des consommateurs inchangée

Pour comprendre cet apparent paradoxe, il faut rappeler que le Brexit n’a pas encore eu lieu. Les Britanniques ont voté pour sortir de l’Union Européenne, mais légalement, rien n’a changé: le Royaume-Uni reste dans le marché unique européen et continue d’échanger avec ses partenaires sans droits de douane. Dans ces conditions, il n’y a guère de raison que l’attitude des consommateurs change. Or, ceux-ci sont aujourd’hui – de loin — le premier moteur de l’économie. Le secteur des services, qui représente 80% du PIB britannique, a augmenté de 0,8% au troisième trimestre. Cela suffit à complètement effacer le recul des secteurs de l’agriculture (-0,7%), de l’industrie (-0,4%) et de la construction (-1,4%).

En revanche, deux mécanismes à retardement risquent de gripper la machine économique. Le premier est la lourde chute de la livre sterling – de presque 20% face au dollar – qui rend les exportations plus compétitives, mais renchérit les importations. Or, le Royaume-Uni important beaucoup plus qu’il n’exporte, les effets négatifs restent supérieurs aux effets positifs. Avec des importations plus chères, le prix des produits dans les magasins devrait bientôt augmenter. L’inflation, actuellement de 1%, devrait passer à 2% d’ici quelques mois, et sans doute à près de 3% d’ici un an. Dans un contexte de faible progression salariale, le pouvoir d’achat des ménages devrait être impacté.

L’autre mécanisme de ralentissement économique est plus contesté. Face aux nombreuses incertitudes liées à la City, beaucoup d’entreprises pourraient suspendre leurs investissements. Si tel est le cas, la contagion au reste de l’économie devrait être relativement lente, mais pourrait être profonde.

Toutefois, comme pour démentir ce risque, Nissan a annoncé ce mercredi qu’elle s’engageait à construire plusieurs nouveaux modèles dans son usine de Sunderland, qui est la plus grande manufacture d’automobiles du pays. La décision est symbolique. Son patron, Carlos Ghosn, avait rendu visite à la première ministre Theresa May le 14 octobre, prévenant que le Brexit risquait de réduire sa présence outre-Manche. Il a visiblement été rassuré.