Chine

Malgré la censure, Baidu veut relever le défi de l’innovation

L’équivalent chinois de Google part à la conquête du monde et mise sur l’intelligence artificielle

Principal moteur de recherche en Chine, Baidu deviendra-t-il bientôt l’un des leaders des technologies de l’information? «Notre but est d’être d’ici 2020 une grande marque mondiale», explique Ning Lei, directeur du département international du «Google chinois». Au nord de Pékin, le siège de l’entreprise fondée par Robin Li en l’an 2000 affiche un mélange de culture geek à l’américaine et de discipline propre au monde industriel chinois.

Lire l'éditorial : Quand la Chine innovera…

Avec 50 000 employés, le géant de l’internet chinois a ouvert des bureaux au Brésil, en Egypte, en Inde, en Thaïlande, en Indonésie et au Japon. Il possède des centres de recherche en Irlande et à San Francisco. Il y a deux ans, Baidu débauchait chez Google Andrew Ng, l’une des stars de l’intelligence artificielle pour les applications du web qui a fondé Coursera, le premier site de MOOC, la formation en ligne.

Baguettes sensorielles

Baidu est en effet bien plus qu’un moteur de recherche. En Chine, il a développé l’équivalent de Wikipedia (Baike), de Google map (Baidu map), son Cloud, son programme de voiture autonome, de musique en ligne, d’information, d’images, de vidéos, de dictionnaires, etc. Sa priorité est désormais le Big data et les applications mobiles.

Dans son centre de développement de Pékin, la délégation scientifique suisse qui accompagnait le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann lors de sa visite d’État en Chine, s’est vu présenter quelques-unes des dernières offres de la firme: logiciel de reconnaissance facial, traducteur vocal, détecteur de qualité des aliments (grâce à des capteurs installés sur des baguettes), navigateur de conduite. Aucune innovation majeure, mais cela pourrait changer.

«Baidu pourrait être à l'avant-garde dans la façon dont les machines vont se parler dans le futur (internet of things) que ce soit dans l'industrie ou pour les consommateurs avec les objets de tous les jours – les «wearables», note Pascal Marmier, directeur du Swissnex de Shanghai. Leur plateforme mobile est très bien faite avec tous les services intégrés dans leur carte: taxi, commande de nourriture, services de proximité.»

26 ans de moyenne d'âge

«Nous voulons passer du "fait en Chine" au "créé en Chine", une nouvelle période s’ouvre pour notre pays et Baidu veut être à la pointe de l’innovation, explique She Lusha, la directrice des relations publiques de l’entreprise. La Suisse en tant que capitale de l’innovation et de la protection des données est un sujet d’étude pour nous.» Mais il n’y a pas de projet d’implantation en Suisse pour l’instant.

Chez Baidu, la moyenne d’âge des collaborateurs est de 26 ans, un tiers d’entre eux se consacre à la recherche et au développement. «Ils ont droit à l’erreur et peuvent venir travailler quand ils veulent, seul le résultat importe», précise Ning Lei.

Dans ce qui ressemble à des igloos, des salles de repos sont disposées avec séparation des sexes ainsi qu’un espace pour allaiter. Sur une façade, des dessins diffusent la philosophie de l’entreprise. L’un d’eux, montre un génie s’échappant d’une lampe à huile avec ce texte: «Créons un espace de liberté». Un défi particulier pour Baidu. Car si le pouvoir chinois affirme promouvoir l’innovation, il est également l’un des plus liberticides de la planète. De fait, tout l’internet chinois est conçu pour se développer dans un espace national protégé.

Les vacances avec le parti

Si vous tapez «Panama papers» dans le moteur de recherche de Baidu, vous aurez des offres de voyage ou des articles sur le canal de Panama, mais rien sur la société Mossack Fonseca qui a hébergé les avoirs de nombreux proches du pouvoir chinois et dont l’ensemble de la presse internationale s’est fait l’écho. En 2010, Google a fini par jeter l’éponge, en se repliant à Hongkong, pour ne pas avoir à se plier à la censure. Facebook, Twitter et tous les grands réseaux sociaux non chinois sont bloqués.

Je n’ai pas connaissance d’équipe au sein de l’entreprise dédiée à la surveillance du contenu.

«Notre principal concurrent, c’est nous-même», explique She Lusha en se référent à la position dominante de Baidu en Chine. Pékin interdisant son marché aux étrangers pour des raisons politiques, le risque est que Baidu se voit à son tour discriminé. «Le filtrage du contenu n’est pas développé par nous-même», se défend She Lusha qui explique que la cellule du parti communiste de l’entreprise n’intervient pas dans la recherche mais se contente d’organiser des voyages pour les employés. «Je n’ai pas connaissance d’équipe au sein de l’entreprise dédiée à la surveillance du contenu», ajoute Ning Lei.

Croissance

Baidu, comme toutes les entreprises chinoises actives dans les technologies de l’information, vient d’adhérer à une nouvelle Association pour la cybersécurité en Chine pilotée par Fang Binxing, connu pour être le père du «Great Firewall», c’est-à-dire le système de blocage de sites et de filtrage du contenu du web selon les mots d’ordre du parti communiste.

Ses deux centres de recherche à l’étranger permettent toutefois à Baidu d’attirer les talents et de se confronter aux leaders américains. L’entreprise diversifie par ailleurs ses partenariats en s’associant, par exemple, à Uber pour lui ouvrir le marché chinois. Coté au Nasdaq, Baidu a enregistré une nette progression des utilisateurs de ses services mobiles (643 millions) et entend également développer son secteur bancaire. «Google ne pourra pas servir tous les utilisateurs au monde, explique She Lusha. Nous allons nous faire une place.»


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