Malgré la chute du pétrole, les pays producteurs restent muets

Matières premières L’OPEP est divisée entre un maintien de la production et la hausse des prix

Une ouverture à l’Iran serait décisive

Le pétrole n’avait plus été si bon marché depuis quatre ans. Le baril de Brent de la mer du Nord, coté à Londres, a continué sa chute entamée cet automne et a atteint 81 dollars en début de cotation mercredi, avant de remonter à 83,27 dollars en fin de journée.

En 2014, les prix ont chuté de 26%, principalement ces dernières semaines. L’été dernier, les tensions géopolitiques faisaient encore grimper l’or noir vers des records. «Cette baisse s’explique par la hausse continue de la production aux Etats-Unis et par le retour de la Libye comme exportateur de pétrole avec des volumes conséquents», explique Olivier Jakob, responsable du bureau de recherche Petromatrix, à Zoug.

Le pétrole coté à New York, le ­ «light sweet crude» (WTI), s’est, lui, légèrement repris par rapport à la veille, s’échangeant autour de 78,29 dollars, son prix le moins élevé depuis trois ans.

La baisse a d’autant moins de frein que rien ne laisse penser que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) pourrait brider sa production. «L’Arabie saoudite, qui donne l’impulsion dans ce domaine, reste à l’aise avec un baril à 75 dollars», poursuit l’analyste. Pour lui, à moins d’arriver à un niveau de 65 dollars, le consensus sera difficile. Son avis est partagé: «Certains acteurs sur les marchés sont sceptiques quant à un possible compromis. Les désaccords entre les pays qui veulent un prix plus élevé et ceux qui veulent maintenir leur production n’ont jamais été aussi importants», soulignent Christopher Bellew, broker chez Jefferies International, cité par Bloomberg. Pire, fin octobre, le ministre irakien du Pétrole, Adel Abdul Mahdi, a expliqué au parlement que les membres de l’OPEP se livraient une «guerre des prix» interne pour préserver leurs parts dans un marché saturé. Certains exportateurs ont d’ailleurs récemment baissé le prix de leur brut à destination de l’Asie.

La réunion du 27 novembre prochain donnera peut-être un signal, «mais il est clair que des pays comme la Libye ou l’Irak ne seront pas soumis à d’éventuels quotas en raison de leur situation interne», explique Olivier Jakob. L’Irak, en outre, a tendance à produire davantage. «Paradoxalement, les problèmes liés à l’Etat islamique ont conduit à une augmentation des exportations, parce que le pays doit financer sa sécurité et parce que les obstacles imposés aux Kurdes pour vendre le pétrole ont diminué», ajoute le spécialiste. Les investisseurs, généralement inquiets des tensions géopolitiques, le sont moins dans ce cas: les champs de pétrole se trouvent soit dans le sud du pays, donc loin des conflits, soit dans le nord sous le contrôle des Kurdes irakiens, explique encore Olivier Jakob.

Reste le rôle de l’Iran. Le pays est frappé par les sanctions internationales qui l’empêchent d’écouler sa manne pétrolière comme il le souhaite. Mais des signes pointent vers l’ouverture. «Les négociations des prochains jours seront déterminantes», estime l’expert. Si l’Iran peut librement exporter, la pression sur les prix va redoubler dans un contexte mondial où la croissance économique et donc la demande restent faibles. En revanche, si Téhéran reste à la marge du commerce international, les prix devraient se stabiliser aux niveaux actuels, juge-t-il. Plus bas, ils devraient stimuler la demande.