A une semaine de la présentation de ses résultats annuels, ABB se retrouve encore une fois dans une affaire de paiements indus. C'est en tout cas ce que le groupe électrotechnique a annoncé mercredi dans un communiqué de presse. ABB a averti cette semaine le gendarme de la Bourse (SEC) et le Ministère de la justice américains que des paiements indus effectués dans un pays du Moyen-Orient ont été découverts, suite à des contrôles internes. Une enquête a été ouverte. «Pour l'instant, nous ne connaissons par la hauteur des montants suspects. Dans nos directives, nous expliquons que la corruption est une pratique intolérable et qu'elle provoque le licenciement immédiat des coupables. Mais tous les systèmes de contrôle mis en place ne permettent pas d'empêcher des actes criminels», soutient le porte-parole d'ABB, Wolfram Eberhardt.

Cas récurrents

Ce genre d'affaires est monnaie courante chez ABB. La stratégie du groupe électrotechnique est, à ce niveau, intelligente. Il avertit les autorités judiciaires lorsque des irrégularités sont décelées grâce à des contrôles internes. Cette attitude permet d'adoucir le montant de l'amende. Par ailleurs, cet activisme est conforme aux principes éthiques professés par ABB. Etant l'une des 81 entreprises signataires du PACI (ndlr.: partenariat contre la corruption), le groupe électrotechnique se doit de lutter contre cette pratique.

Mis à part le rapport de la Commission Volcker (programme «Oil for Food») qui épinglait ABB, cette dernière a plutôt dénoncé les cas de corruption qui la concernaient. En avril 2005, le groupe a averti les autorités américaines d'une affaire de pots-de-vin de 660000 francs concernant un employé de sa filiale informatique au Texas. En 2003, il a déclenché deux enquêtes: le groupe avait découvert dans sa filiale italienne un faux dans le bilan atteignant 88 millions de francs. De plus, un audit interne a mis à jour une affaire de corruption entre des responsables de l'aéroport de Stockholm et un cadre d'ABB.

Ces affaires intéressent les agences de notation éthique comme SiRi Company. «La hauteur des paiements indus influence la note finale. Nous tenons compte aussi de la manière avec laquelle la société réagit face à des initiatives personnelles. Dans le cas d'ABB, le fait «qu'elle ait averti la SEC, suite à des contrôles internes, montre que ces derniers fonctionnent», souligne Philippe Spicher, directeur de SiRi Company. Ce dernier émet toutefois un bémol. «Il faudrait qu'ABB se pose la question de savoir pourquoi cela se produit fréquemment. En comparaison internationale, ABB est l'un des groupes qui enregistrent le plus de cas de corruption.» Cela n'empêche pas la société d'être bien notée par SiRi Company. Sur un maximum de 100, ABB obtient 65 points, alors que la moyenne de son secteur se situe à 54. «ABB est transparente, mais elle peine à mettre en œuvre tous ses principes, notamment au niveau des affaires de corruption», affirme Philippe Spicher. De son côté, la société de cotation éthique Covalence tient aussi compte de la corruption. «La politique proactive d'ABB permet de compenser les points négatifs liés à la corruption», explique son directeur Antoine Mach à Genève. En Bourse, la corruption a aussi son effet: ABB a perdu 1,8% mercredi.