Le tour de chauffe est terminé. En annonçant, lundi soir, que la tentative d'OPA du groupe Olivetti sur son concurrent Telecom Italia n'était pas recevable, la Consob (commission des opérations de Bourse italienne) a mis un terme à la première passe d'armes entre les deux principaux groupes de télécommunications italiens.

Le jugement de l'institution a donné raison à l'administrateur-délégué de Telecom Italia, Franco Bernabè, qui, dès l'officialisation du lancement de l'OPA par le groupe d'Ivrea, avait estimé que l'opération «contenait plein de lacunes». La Consob a notamment estimé que la proposition d'Olivetti d'acquérir 100% du capital de Telecom pour 102 000 milliards de lires (environ 85 milliards de francs) ne respectait pas certains aspects du règlement boursier, à commencer par l'obligation de fournir un calendrier précis. En clair, aucune date n'a été clairement indiquée en ce qui concerne le déroulement de l'OPA.

Par ailleurs, pour financer son offensive, Olivetti entendait procéder à la cession de ses parts (50,1%) dans Oliman, qui regroupe les activités de téléphonie mobile (Omnitel) et fixe (Infostrada) du groupe, à son partenaire allemand Mannesmann. La commission des opérations de Bourse à estimé qu'Olivetti devait inverser les priorités, à savoir vendre d'abord Oliman avant de pouvoir s'attaquer à Telecom Italia. Une notification qui pourrait sérieusement compliquer les affaires d'Olivetti, qui va devoir obtenir une dérogation de la part du gouvernement. La concession pour Omnitel prévoit en effet que la filiale des «telefonini» ne peut, en principe, être cédée avant décembre prochain.

Pour l'heure, Olivetti semble toutefois bien décidé à ne pas céder le moindre pouce de terrain. Trois heures à peine après la décision de la Consob, Olivetti annonçait qu'il ferait valoir ses droits et que son offre restait valable. «La loi fait une distinction entre la communication de l'intention de lancer une OPA et l'annonce du lancement de l'OPA proprement dite», a souligné le président d'Olivetti, Antonio Tesone, selon lequel cette norme offre un répit de quinze jours à l'assaillant.

Telecom Italia fourbit ses armes

De toute manière, les dirigeants d'Olivetti ont, semble-t-il, toujours eu à l'esprit le fait qu'ils n'emporteraient pas le joyau Telecom du premier coup. Les analystes financiers s'accordent à penser que le prix de 10 euros proposé samedi pour une action Telecom est trop bas pour constituer une offre définitive. Au cours du conseil d'administration du groupe, qui se réunit aujourd'hui, Olivetti devrait d'ores et déjà annoncer une augmentation de capital destinée à financer en partie l'opération.

Mais de son côté, Franco Bernabè réorganise lui aussi ses troupes. Le blocage, au moins provisoire, de l'offensive d'Olivetti lui permet d'examiner plusieurs répliques. Si la tentative d'OPA avait été avalisée par la Consob, le patron de Telecom Italia aurait en effet été, conformément aux règles boursières, dans l'impossibilité de réagir avant de connaître le résultat de l'opération. A l'inverse, il peut aujourd'hui étudier sereinement plusieurs hypothèses, en particulier celle d'une fusion entre Telecom Italia et TIM, sa puissante filiale de téléphonie cellulaire. Le poids d'un tel groupe aurait de quoi décourager les plus audacieux. Franco Bernabè n'a semble-t-il pas exclu non plus de faire appel à un «chevalier blanc» qui, selon certains analystes, pourrait revêtir l'armure de British Telecom.

Entre les deux combattants, le gouvernement italien s'est pour sa part réfugié dans une prudente neutralité. Après avoir salué le courage de l'administrateur-délégué d'Olivetti, Roberto Colaninno, le président du Conseil tiré des deux côtés par sa majorité a préféré prendre de la distance en répétant que «le jugement appartient au marché».