Les pertes mirobolantes prévues par certains spécialistes ne se sont pas produites. SAirGroup boucle le premier semestre sur un bénéfice net de 3 millions de francs, contre 87 millions un an auparavant. Un résultat dû essentiellement au bon comportement des activités connexes au transport aérien (voir tableau).

L'industrie des services aériens proprement dite (Swissair, Crossair, Balair etc.) affiche en effet des résultats décevants puisque la perte opérationnelle atteint 155 millions de francs. Plusieurs raisons expliquent cette contre-performance. L'envolée des prix du carburant a entraîné des surcoûts de 170 millions de francs, tandis que les retards observés dans le trafic international, et à l'aéroport de Zurich, ont occasionné des dépenses supplémentaires de l'ordre de 50 millions de francs. Le cours élevé du dollar a également joué un rôle négatif, tout comme les surcapacités qui règnent dans la branche.

Pour tenter de redresser la situation le plus rapidement possible, les responsables de SAirGroup sont en train de mettre en place un programme de restructuration. L'accélération du rapprochement de Swissair et Sabena (Airlines Managment Partnership) devrait permettre d'économiser 150 millions d'euros à partir de 2002. Chez Crossair 50 millions de francs devraient également être épargnés grâce au programme Colombus. Enfin, dès que l'Union européenne aura donné son feu vert à la reprise par SAirGroup de 34% de la TAP, un programme d'économie de l'ordre de 110 millions d'euros sera mis en place au Portugal.

LTU s'allie à Rewe

Pour Swissair, les plus gros défis sont pourtant ailleurs, en France où les difficultés liées à la fusion de AOM, Air Littoral et Air Liberté sont loin d'être résolues et en Allemagne où le voyagiste LTU, contrôlé à 49,9% par SAirGroup, accumule les pertes. Pour assainir LTU, une solution vient pourtant d'être trouvée (lire Le Temps du 21 août). Au premier janvier 2001, le voyagiste allemand Rewe reprendra en effet la totalité des activités touristiques de LTU et 40% de la compagnie aérienne. SAirGroup conservant pour sa part 49,9% de la compagnie aérienne. Grâce à cette opération Rewe devient numéro deux la branche en Allemagne et LTU trouve enfin le réseau de distribution et de vente qui lui faisait cruellement défaut. Pour SAirGroup, l'opération est coûteuse puisque la compagnie va débloquer 347 millions de francs pour financer les frais de restructuration.

Le processus de fusion entre les trois compagnies aériennes françaises sera toutefois encore plus onéreux puisque la compagnie helvétique déboursera 360 millions de francs pour mener à bien l'opération. Afin de financer ces dépenses, SAirGroup va utiliser des provisions de l'ordre de 150 millions de francs, constituées en 1996 et surtout réévaluer des participations détenues dans Delta Airlines, Galileo et Equant, pour un montant de 557 millions de francs.

Perspectives plus clémentes

Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes pour redresser des situations délicates. «SAirGroup a encore beaucoup de problèmes à régler et le succès n'est pas garanti, notamment en France», relève Regina Anhorn, analyste à la Banque Lombard Odier & Cie. Plus optimiste Patrick Appenzeller, de la Banque Leu, estime qu'avec les fonds débloqués pour les restructurations en France et en Allemagne, les difficultés s'estompent. «Le rendement des compagnies aériennes de SAirGroup devrait progresser au cours du second semestre», affirme l'analyste qui pense que la situation globale de la branche va en s'améliorant.

Sur l'ensemble de l'année, le chef des finances de SAirGroup prévoit en tout cas un bénéfice de 200 millions de francs dû essentiellement à la bonne tenue des activités connexes au transport aérien et dont les marges ne cessent de s'améliorer. SAir Logistics a profité de la reprise de la branche, SAir Relations de l'intégration réussie de Dobbs et SAir Technics des multiples acquisitions effectuées en Espagne au Mexique ou en Arabie Saoudite.

Bon nombre de spécialistes verraient d'ailleurs d'un bon œil l'entrée en Bourse de l'une ou de plusieurs de ces divisions, afin qu'elles soient estimées à leur juste valeur.