«Malgré des performances mitigées dans l'investissement alternatif, les gens continuent à investir», constate Naïm Abou-Jaoude. Le responsable des hedge funds chez Dexia Asset Management dressait, à Genève, un tableau de son industrie. Lors du troisième trimestre de cette année, les investisseurs ont, selon l'institut Hedge Fund Research, investi presque 17 milliards de dollars d'argent frais dans les hedge funds. Ce chiffre contraste avec les timides 8 milliards qui avaient afflué lors du second trimestre. «Le marché est en ligne avec la moyenne de ce qui avait été levé trimestriellement en 2003», relève Naïm Abou-Jaoude.

Les investisseurs institutionnels ont pris le relais des personnes privées. Les premiers détiennent, en Europe, près de 70% de la fortune des hedge funds. Ils apprécient les fonds «on shore», soumis à réglementation et plus transparents. Ils sont également friands de fonds de hedge funds, une catégorie d'actif qui a toujours été dominante sur le marché suisse. A la fin de l'année, l'Espagne connaîtra aussi une réglementation dans ce domaine, elle suit ainsi l'Italie, l'Allemagne et la France. Au niveau mondial, ces fonds ont attiré deux tiers des flux nets de capitaux, alors qu'ils ne représentent qu'un tiers des encours.

Notre continent commence à prendre une part significative dans les placements alternatifs: 25% des encours mondiaux y sont placés. Cette proportion n'était que de 10% il y a quatre ans. Cent vingt-neuf produits ont été créés en Europe lors du premier semestre de cette année, alors que 47 fonds étaient liquidés. «Certains ont souffert du départ de leur gérant, d'autres n'ont pas réussi à lever les 30 ou 40 millions d'euros nécessaires pour leur survie», explique le spécialiste.

En octobre, les résultats se sont améliorés. L'indice de Standard & Poor's sur les hedge funds affiche une progression de 0,7%. Le mois passé réalise ainsi l'essentiel des 1,15% de performance engrangée depuis le début de l'année. Face aux indices de cette année, comment peut-on défendre l'investissement alternatif? En réponse à cette question, le spécialiste de Dexia invoque l'absence d'alternatives de placement et les bonnes performances à trois ans. L'indice pondéré de HFR a progressé en moyenne annuelle de 8,3%. La faible volatilité n'explique que partiellement la panne de performances. Elle était également très basse entre 1992 et 1995, alors que les hedge funds s'en étaient bien sortis pendant trois de ces quatre années. En 2004, c'est l'absence de direction des marchés qui a été la plus néfaste.

Pour les six prochains mois, les stratégies les plus intéressantes sont celles qui sont orientées sur les obligations, notamment celles à haut rendement, elles rapportent 2,5% de plus que les obligations d'Etat. Si la hausse des taux se réalise, elle sera accompagnée de croissance économique. Ce dernier facteur étant favorable aux entreprises de moindre qualité.