La centrale de Mühleberg mise à l’arrêt en décembre 2019. La Suisse mise à l’arrêt par la pandémie trois mois plus tard. Pour le groupe BKW, l’année 2020 aura été marquée par ce double saut dans l’inconnu. Ces deux événements ont, d’une part, impacté le secteur de la production d’énergie et, de l’autre, ralenti le rythme des acquisitions dans lequel l’entreprise bernoise s’était lancée il y a déjà plusieurs années.

Malgré cela, BKW affiche des résultats 2020 en forte hausse dans quasiment tous les secteurs. Le chiffre d’affaires a progressé de 9% à 3,129 milliards de francs. Le résultat d’exploitation (EBIT) suit le même chemin, en hausse de 10% à 475 millions. Le résultat visé en milieu d’année, soit 400 à 420 millions, est ainsi nettement dépassé, même après déduction d’une indemnité versée par Swissgrid (39 millions) pour l’utilisation du réseau de transport de BKW. Il en va de même pour le bénéfice net opérationnel, qui grimpe de 22% à 349 millions et pour le cash-flow opérationnel, en progression de 24% à 662 millions.

Production hydraulique et éolienne

L’arrêt de la centrale nucléaire de Mühleberg, qui produisait 25% de l’électricité fournie par l’entreprise, a entraîné une baisse du chiffre d’affaires de 11% dans le segment de l’énergie. Sous l’effet des prix, qui ont légèrement augmenté en 2020 après plusieurs années de baisse, l’EBIT n’a cependant reculé que de 4%. L’exercice 2021 sera marqué par un autre événement: une grande révision sera entreprise à la centrale nucléaire de Leibstadt (AG), qui sera mise hors service pendant six mois et dont BKW est actionnaire minoritaire (14,5%).

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Cela confirme que «la décision de désaffecter le site nucléaire se justifiait sur le plan économique», résume la CEO Suzanne Thoma. Grâce à sa stratégie d’acquisitions, BKW s’est diversifié dans la production énergétique. Il investit toujours davantage dans les ressources renouvelables, principalement dans l’hydraulique (en Suisse) et dans l’éolien (surtout en Norvège).

Le salaire controversé de Suzanne Thoma

Longtemps identifié à l’atome, le groupe n’est plus aujourd’hui un simple producteur d’électricité. C’est une société de services qui compte se positionner comme un «prestataire majeur dans la planification, la construction et la gestion numérisée de bâtiments et d’infrastructures», qui utilise pour cela une méthode connue sous le nom de Building Information Modeling (BIM).

Le chiffre d’affaires du secteur des services a d’ailleurs effectué un bond de 30% en 2020, sous l’effet des acquisitions réalisées à l’automne 2019. La pandémie a certes ralenti la marche des affaires durant le premier semestre, mais, sur l’ensemble de l’année 2020, l’activité de services affiche un EBIT de 84 millions, en hausse de 17%.

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En raison de son bon résultat, BKW propose à ses actionnaires une augmentation du dividende de 2,20 francs à 2,40 francs par action. Pour 2020, Suzanne Thoma s’attend à un résultat d’exploitation équivalent, de l’ordre de 400 à 420 millions. La hausse des prix de l’électricité ainsi que l’essor des services devraient permettre d’atteindre cet objectif.

Reste la question, politiquement délicate, de la stratégie salariale de BKW. Toutes composantes confondues (part fixe, part variable, participation au résultat en actions, prévoyance), Suzanne Thoma a perçu en 2020 une rémunération brute de 1,9 million de francs. En 2018, elle avait touché 2 millions, puis 1,7 million en 2019. Le conseil d’administration assure n’avoir pas revalorisé sa rémunération comme il envisageait de le faire «eu égard aux discussions politiques». Considéré par BKW comme conforme aux usages dans la branche, le salaire de Suzanne Thoma est un sujet chaud et controversé au parlement bernois.