Conjoncture

Malgré les licenciements dans l'horlogerie, Neuchâtel refuse la sinistrose

Le tassement horloger actuel est certes reconnu et inquiète, mais tant l'Etat que la Chambre de commerce refusent de céder à la panique. Il y aura encore de la croissance en 2015 et 2016

Les firmes et les sous-traitants horlogers ont beau multiplier les annonces de licenciements ces dernières semaines, «et c'est effectivement préoccupant, concède le chef du Service cantonal neuchâtelois de l'Economie, Christian Barbier, mais il n'y a pas lieu de nourrir de sinistrose».

L'Etat et la Chambre neuchâteloise de commerce et d'industrie (CNCI) entendent s'en tenir «aux faits et aux chiffres», disent-ils. «Bien entendu que nous sommes face à un tassement dans le domaine horloger, qui pèse près de 20% du PIB cantonal, et cela inquiète, commente l'économiste de la CNCI, Matthieu Aubert. Nous avons toutefois eu deux premiers trimestres relativement bons en 2015, et une croissance de 4,2% dans cette branche en 2014.» «Des investissements majeurs ont été réalisés dans l'horlogerie ces dernières années et, depuis 2009, nous avons une croissance annuelle d'environ 2%», renchérit Christian Barbier. «Nos contacts montrent des situations très diverses d'une entreprise à l'autre. La seule chose qui en ressort, c'est que l'horlogerie voyage en eaux troubles.»

Pas question pour les économistes de l'Etat et de la Chambre de commerce de remettre en cause les prévisions de croissance horlogère du Créa: +2,7% en 2015 et -1,5% en 2016. On s'en tient à «un net fléchissement» ou à une «consolidation», sans alarmisme généralisé.

Aux perspectives incertaines, la CNCI oppose une «très bonne» année 2014, ponctuée d'une croissance de 2,4%, contre 1,9% au plan suisse. Pour la première fois, le PIB neuchâtelois a franchi la barre des 15 milliards de francs (15,1), avec un PIB par habitant (85 098 francs) supérieur à la moyenne suisse établie à 78 523 francs. Les prévisions pour 2015 et 2016 sont certes moins élevées, «même si positives»: +1,6 et +1,5%. En 2016, seule l'horlogerie présente une prévision négative. A l'inverse, les industries chimiques et d'instruments médicaux s'affichent à la hausse à 5,1 et 2,7%.

Perspectives peu favorables dans la construction

Dans son analyse conjoncturelle, la CNCI s'est focalisée sur le domaine de la construction, «dont la performance constitue un indicateur précurseur de l'évolution économique», fait remarquer Florian Nemetti, directeur de la Chambre de commerce. Or, à Neuchâtel, les 975 entreprises du génie civil et du gros et second oeuvre, toutes des PME dont 90% de moins de 10 employés, représentant près de 5000 emplois, soit 6% des emplois cantonaux, n'ont pas de perspectives très roses.

Encore que la CNCI souffle le chaud et le froid. L'activité a été florissante depuis 2011, elle se maintient en 2015, mais nombre d'entreprises affirment que leur carnet de commandes est vide pour début 2016. La CNCI tempère, évoque là encore le «manque de visibilité», mais fait état d'un parc immobilier globalement vétuste avec de gros besoins d'entretien et de rénovation, une aubaine pour le second oeuvre qui compte le plus d'emplois.

Le canton pâtit de l'absence d'annonces de gros investissements, tant publics que privés. Les projets de «mobilité 2030» font certes saliver, mais ils dépendent de décisions fédérales. Là encore, Florian Nemetti refuse toute sinistrose, affirmant «qu'il y a du potentiel dans l'immobilier et que le gouvernement a pris de bonnes options». La CNCI répète alors ses exigences: il ne faut pas interrompre le processus de baisse fiscale (l'abaissement de la valeur locative de 4,5 à 3,5% est de nature à dynamiser les investissements immobiliers, dit-elle).

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