Subissant de plein fouet les répercussions de la saison la plus touchée par les cyclones depuis un siècle aux Etats-Unis, le groupe d'assurances Zurich Financial Services (ZFS) a vu son bénéfice net chuter à 454 millions de dollars lors du troisième trimestre 2004. Ce qui marque un recul de 31% sur le troisième trimestre 2003, recalculé selon de nouvelles règles comptables. Le mois dernier, l'assureur helvétique le plus exposé au marché américain avait fait savoir qu'il devait renforcer ses réserves de 525 millions de dollars pour indemniser les assurés touchés par quatre ouragans dévastateurs. Ces derniers ont occasionné des dommages estimés à quelque 30 milliards de dollars pour les assureurs.

Les chiffres de ZFS n'en ont pas moins souvent été qualifiés de «bons» par les analystes. Et l'action a finalement clôturé en très légère hausse mercredi. Sur les neuf premiers mois de l'année 2004, le bénéfice net a en effet bondi de 35% à 1,9 milliard de dollars pour un volume de primes brutes en progression de 2% à 37,6 milliards de dollars. «Ces résultats témoignent de notre capacité à absorber des chocs exceptionnels», a commenté James J. Schiro, patron américain de ZFS depuis plus de deux ans, lors d'une conférence téléphonique. Cette bonne performance a été favorisée par le programme d'économies de 200 millions de dollars annoncé en avril, dont180 millions avaient déjà été économisés à fin septembre. Et de nouvelles mesures – encore floues pour l'instant, mais pour lesquelles James Schiro ne prévoit pas de réduction d'effectifs – doivent permettre d'améliorer le bénéfice de 500 millions en 2005.

Une croissance incontrôlée

Seule ombre au tableau, un nouveau renflouement des réserves liées à d'anciens contrats. ZFS a dû en effet constituer pour cela 306 millions de dollars de charges exceptionnelles (portant la somme à 962 millions sur 9 mois). «Sur ce plan, ZFS n'a pas réussi à rassurer le marché», commente Michel Wiederkehr, analyste auprès de la banque Bordier. Il reste encore 15% des contrats à réexaminer pour s'assurer que les réserves sont en adéquation avec les risques souscrits. A l'instar de son ancienne filiale de réassurance Zurich Re (portée en Bourse en 2001 sous le nom de Converium), ZFS paie donc le prix de la politique de croissance à tout prix menée sous le règne de Rolf Hüppi.

Sur le plan opérationnel, le groupe est néanmoins sur la bonne voie. Sur neuf mois, le bénéfice d'exploitation a bondi de 65% à 2,52 milliards de dollars. Sur ce montant, 1,5 milliard (-2%) provient du secteur non-vie alors que les assurances vie ont vu leur bénéfice opérationnel bondir de 28% à 738 millions. Indicateur clé dans les affaires non-vie, le ratio combiné ne s'est dégradé qu'à 98,8% (98,2% en 2003), dont 2,3 points à cause des cyclones.

James Schiro a indiqué que les prix n'avaient pu être augmentés en moyenne que de 3 à 4% dans le non-vie. L'année 2005 pourrait donc marquer un pic tarifaire. Mais le secteur vie paraît bien placé pour prendre le relais après des mesures d'assainissement. Même si le bas niveau actuel des taux d'intérêt confère peu d'attrait aux assurances vie.

Dans le cadre de l'offensive du procureur de l'Etat de New York contre les pratiques abusives des courtiers (commissions occultes, etc.), ZFS fait l'objet de demandes d'information. Après une enquête interne, le groupe zurichois a licencié plusieurs de ses employés aux Etats-Unis (LT du 13.11.04). Mardi, les agences ont annoncé que deux d'entre eux, responsables de souscription, ont plaidé coupable et risquent un an de prison. Les courtiers étant les premiers visés dans cette campagne, les analystes partent de l'idée que l'assureur devrait s'en tirer avec une amende négociée. Mardi, ZFS a enfin annoncé apporter sa coopération à une nouvelle demande d'information portant, cette fois-ci, sur «deux produits non conventionnels».