Avec le non de dimanche, la Grèce se rapproche de la porte de sortie de la zone euro. «Le Grexit est presque devenu inévitable. C’est le scénario le plus probable», écrit Karsten Junius, chef économiste dela banque J.Safra Sarasin. La banque pense que la Grèce émettra des reconnaissances de dette ces prochaines semaines (IOU) et fera défaut sur ses engagements vis-à-vis de la BCE. Il faut aussi savoir que le FMI n’a pas la possibilité de négocier un nouvel accord tant que les arriérés d’un précédent programme ne sont pas réglés, selon l’économiste.

Baisse de 10 à 15% des actions?

Si les conséquences du vote s’annoncent désastreuses pour l’économie grecque selon J.Safra Sarasin, les marchés financiers ont peu varié lundi matin. Le Nikkei a perdu 2,5%, l’indice SMI 0,7% et l’euro 0,2% à 1,0433 contre le franc. Dans les actions, ce sont les valeurs italiennes qui ont le plus fortement souffert (-2,6%). Avant l’ouverture, Steen Jakobsen, économiste de Saxo Bank, prévoyait «un recul de 5% des actions allemandes. et probablement de 10% les prochaines semaines». « Le résultat de dimanche a surpris les marchés financiers, mais ceux-ci ont bien résisté en raison de la protection offerte par la BCE et des statistiques publiées en début de semaine, par exemple le sondage de Sentix auprès des investisseurs », fait valoir Ricardo Garcia, économiste auprès d’UBS.

Sur les marchés obligataires, les écarts de rendement entre l’Italie et l’Espagne d’une part, et l’Allemagne de l’autre se sont tendus de 15 points de base (0,15%). La situation ne s’est donc pas aggravé significativement. Le dollar est pratiquement inchangé à 0,9445 franc.

Le risque d’une sortie de la zone euro est « très haut » à la veille de la rencontre entre Angela Merkel et François Hollande, a indiqué Ricardo Garcia. En cas de Grexit, l’euro devrait baisser à 1,05 dollar (1,1050 lundi), puis un dollar, selon l’économiste. Face au franc aussi, l’euro baisserait sensiblement. Et les actions pourraient baisser d’environ 10-15%.

Nationaliser les banques?

Les rumeurs les plus folles circulent lundi matin. Selon le Telegraph, le gouvernement étudierait la possibilité d’émettre «une liquidité parallèle». Certains évoquent l’éventualité d’une nationalisation des banques grecques et l’émission de billets de 20 euros (ce qui nécerssiterait l’accord de la Cour européenne). Selon le site zerohedge, il s’agirait alors «d’options nucléaires».

Mais comme les négociations se poursuivent, facilitées par le départ de Yanis Varoufakis, le ministre des finances grec, la probabilité d’un maintien dans la zone reste significative. A la table de négociations, les deux côtés ont besoin de trouver un compris. D’autant plus que le temps presse, explique-t-il. Ricardo Garcia pense que «les pressions de la part de la BCE devraient augmenter : Soit en offrant moins de liquidités aux banques grecques, soit en exigeant davantage de collatéral, soit en proposant une restructuration de ces établissements ». Les banques devraient rester fermées pour le moment, à la veille du délai de paiement d’un crédit à la BCE. Mais « la situation de l’économie grecque se détériore chaque jour. Les importations sont réduites et les stocks en baisse. Le gouvernement doit aller vite », indique UBS.

La drachme tout de suite

La sortie de la Grèce est même recommandée par certains économistes. Pour Hans-Werner Sinn, président de l’institut IFO, à Munich, «la Grèce devrait réintroduire la drachme», selon cash. Il explique que la Grèce est «un Etat insolvable. Il en va de même des banques locales qui lui sont fortement liées». L’économiste munichois estime que, dans ces circonstances, «la BCE ne devrait pas autoriser de nouveaux crédits d’urgence». En l’absence d’un nouveau programme budgétaire, la Grèce sera très vite paralysée, selon l’économiste allemand. La seule solution, à son avis, est alors «d’introduire rapidement une nouvelle monnaie». Hans-Werner Sinn estime que de nouvelles négociations prendraient beaucoup de temps, sans pour autant aboutir à un résultat concret. Le retour à la drachme permettrait au contraire de rétablir la solvabilité de l’Etat grec et des banques locales.

En cas de Grexit, Saxo Bank prévoit une hausse de l’euro. Mais à court terme, les fluctuations devraient être de faible ampleur.

La BCE ferme le robinet au plus tard le 20 juillet

Les économistes de Barclays anticipent également un «Grexit». François Hollande et Angela Merkel se rencontrent, mais il sera extrêmement difficile pour les leaders européens d’obtenir un plan de sauvetage qu’ils puissent «vendre» dans leur propre pays. D’autant que des élections sont proches, par exemple en Espagne. Ils ajoutent que «la BCE fermera le robinet des crédits d’urgence au plus tard le 20 juillet». Deux scénarios allant dans le sens du maintien dans la zone euro demeurent, mais ils sont dorénavant minoritaires, selon Barclays. Le premier serait la conclusion d’un accord entre les créanciers et Athènes. Le second interviendrait en cas de troubles sociaux majeurs en Grèce, lesquels conduiraient à des élections et à la mise sur pied d’un gouvernement plus favorable aux thèses de Bruxelles. Barclays recommande de vendre l’euro contre le dollar. Le risque de contagion est modéré. Les rendements des obligations souveraines italiennes et espagnoles devraient augmenter. L’écart avec les obligations allemandes devrait grimper de 150 points de base (1,5%) vendredi à près de 200 points de base ce lundi.

La probabilité d’un Grexit est maintenant montée à 50%, selon Laurent Bakhtiari, analyste auprès de IG Bank. Même si la sortie se concrétise, elle n’aura pas d’effet durable, selon l’économiste. La démission de Varoufakis permettra aux négociations de reprendre, mais elles seront très dures après le non massif. C’est «un vote de confiance pour le gouvernement Tsipras», ajoute-t-il.