Amazon se trouverait-elle dans une mauvaise passe? La firme dirigée par Jeff Bezos a annoncé après la clôture de la Bourse mardi soir un plan de restructuration sévère: 15% des postes de travail seront rapidement supprimés. Soit 1300 emplois sur les 8500 que compte la compagnie.

En plus de décevoir ses collaborateurs, Amazon a inquiété les analystes avec des perspectives de croissance nettement réévaluées à la baisse. «Cette société nous a toujours habitués à des performances de ventes impressionnantes. Si elle baisse de régime, il faudrait bien se résigner à la réévaluer non plus comme une société de croissance mais comme un distributeur de taille moyenne qui révise à la baisse ses ambitions», confiait mercredi un analyste.

Lors de la publication de ses derniers résultats, le moteur de recherche Yahoo!, une des rares sociétés Internet rentables, avait lui aussi déçu les marchés par des prévisions de croissance bien moins rapides que sur les périodes précédentes. En 2001, Amazon devrait voir son chiffre d'affaires ne croître que de 20 à 30% alors que les années précédentes sa performance avait été respectivement de 68% en 2000 et 169% en 1999. Résultat: alors qu'il y a trois mois la compagnie annonçait que le volume de ses ventes atteindrait la barre des 4 milliards de dollars en 2001, le directeur financier Warren Jenson a dû reconnaître qu'il fallait plutôt tabler désormais sur un chiffre d'affaires compris entre 3,3 et 3,6 milliards.

Pour autant, tout n'est pas noir pour le premier distributeur en ligne du monde. Les résultats au quatrième trimestre font apparaître une perte opérationnelle de 60 millions de dollars contre une perte de 175 millions sur la même période de 1999. La perte par action est de 25 cents, contre 55 cents sur les trois mois correspondants en 1999.

Les analystes tablaient, dans leur consensus calculé par First Call, sur une perte de 26 cents par action. La trésorerie devrait dépasser les 650 millions de dollars à la fin du premier trimestre. De plus, les ventes hors Etats-Unis devraient doubler cette année.

Enfin, Amazon, pour la première fois de son histoire, fixe une date à partir de laquelle elle devrait devenir rentable. La firme de Seattle qui a toujours jusqu'ici perdu de l'argent devrait commencer à en gagner au quatrième trimestre 2001.

Mais la pression reste forte sur une compagnie qui passe pour l'un des symboles de la Nouvelle Economie.

D'une part, le distributeur devrait ressentir fortement une baisse de la consommation aux Etats-Unis dans un contexte où l'on parle de croissance zéro, voire de récession. D'autre part, les investisseurs se demandent toujours si le business plan de cette entreprise, dont les pertes cumulées se montent à près de 2,3 milliards de dollars, est viable.

C'est en partie pour rassurer ses actionnaires qu'Amazon a décidé de couper aussi massivement dans sa force de travail. La première restructuration annoncée il y a un an et qui touchait 150 emplois avait alors été considérée par bon nombre de ces derniers comme insuffisante.