énergie

Malgré les pertes et les faillites, l’industrie solaire croit à un prochain rebond

Présentées lundi, les ventes de la société bernoise Meyer Burger ont été divisées par deux en 2012. Les géants Bosch et Suntech sont sortis de ce marché qui s’assainit

Au premier abord, l’industrie ­solaire est en pleine déliquescence. Lundi, le spécialiste bernois des technologies photovoltaïques Meyer Burger a publié un chiffre d’affaires 2012 divisé par deux. La semaine dernière, le géant industriel allemand Bosch annonçait son retrait du photovoltaïque, menaçant ainsi plus de 3000 emplois. Deux jours plus tôt, le numéro un mondial des panneaux solaires – le chinois Suntech – déposait le bilan.

Les résultats en chute libre de Meyer Burger ont déçu les attentes des analystes. En pleine restructuration depuis l’année dernière (700 emplois ont été biffés au cours de deux restructurations en mars puis en novembre), le groupe basé à Thoune a annoncé hier avoir enregistré une perte nette de 115,9 millions de francs en 2012 contre un bénéfice de 35,8 millions lors du précédent exercice. Les ventes se sont effondrées à 645,2 millions, contre encore 1,32 milliard en 2011. Lundi, l’action du groupe a chuté de 4,99%, s’échangeant à 6,66 francs à la clôture. Toutefois, le groupe spécialisé dans les machines à découper les blocs de silicium s’attend à «une amélioration significative des commandes» en 2013, percevant «des signaux de reprise du marché», note le communiqué.

«En tant que fabricant des machines qui fabriquent les panneaux, il est normal que Meyer Burger souffre de cette situation, relativise David Stickelberger. Mais je suis convaincu que l’on va vers le mieux», ajoute le directeur de Swissolar, Association suisse des professionnels du solaire. Pour lui, les annonces de Bosch et de Suntech sont «des signes d’assainissement du marché. Après dix ans de croissance si forte, c’est rude mais normal que les choses se passent comme ça.»

«Le solaire n’a jamais été aussi rentable», assure même Pascal Affolter, cofondateur de Solstis, société lausannoise spécialisée dans les installations solaires. «La phase d’industrialisation du secteur arrive à son terme: il y a du grabuge, de grandes manœuvres, mais les racines sont saines.»

L’industrie solaire a longtemps souffert de surcapacité. La dégringolade des coûts de production a entraîné une chute des prix des panneaux solaires (–45% en 2011 et –25% en 2012, selon les calculs du cabinet IHS). Conséquence, en 2012, les capacités mondiales de production de panneaux solaires atteignaient 60 gigawatts ou GW – l’équivalent de la production d’électricité de dix centrales nucléaires. «Largement au-dessus de la demande, qui n’a atteint que 33 GW (dont seulement 0,2 GW pour la Suisse), note Matthias Fawer, analyste en développement durable à la Banque Sarasin. Une situation qui a forcé les producteurs à vendre leurs modules en dessous du coût de production.»

Pour ce dernier, les annonces de Bosch et de Suntech sont «l’apogée du combat mortel entre les entreprises de panneaux solaires». Il assure en outre que le photovoltaïque arrive à maturité: «Le prix de l’énergie solaire devient compétitif face au prix de l’électricité générée par un moteur diesel. De plus, les pays en voie de développement (Brésil, Chine, Inde) commencent à s’intéresser de plus près au solaire.»

«C’est morose et inquiétant, ­tempère pour sa part Aïcha Hessler-Wyser, maître d’enseignement au Laboratoire de photovoltaïque à l’Institut de microtechnique de Neuchâtel. Mais l’on se dit que l’on entre dans une phase de consolidation du marché.»

Aujourd’hui dans une situation difficile, Meyer Burger «pourrait être l’une des premières sociétés à profiter de la reprise demain», espère David Stickelberger.

«Après dix ans de croissance si forte, c’est rude mais normal que cela se passe comme ça»

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