Comme d’autres instituts, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) avait sous-estimé, en décembre dernier, la crise économique que le monde et la Suisse traversent. Publiée mardi, la correction à la baisse du produit intérieur brut (PIB) représente 1,4 point de pourcentage pour l’année 2009 de manque à gagner et 0,9 point pour 2010. «La Suisse est victime d’une récession importée, celle de nos partenaires commerciaux, rappelle Aymo Brunetti, chef de la politique économique au Seco. Les données du quatrième trimestre 2008 ont été très mauvaises et influencent logiquement l’année 2009.»

Selon le Seco, le PIB reculera de 2,2% cette année, contre 0,8% prévu précédemment. L’ensemble de l’année 2010 devrait se terminer dans le noir, mais de 0,1% seulement, contre une hausse de 1% envisagée précédemment. Les corrections les plus fortes touchent le commerce extérieur, avec une chute de 8,1% des exportations et de 5,2% des importations l’an prochain. L’Etat soutiendra la conjoncture par des dépenses en progression de 4,2%, dans un contexte de stagnation de la construction.

La consommation privée s’affaiblira de moitié par rapport aux prévisions précédentes, mais sera l’un des rares soutiens conjoncturels, avec une croissance de 0,6%. Affectée par un fort taux de chômage, 3,8% en 2009 et 5,2% en 2010, sa croissance sera nulle en 2010 alors que les exportations devraient reprendre de la vigueur (+ 1%).

«Les prévisions 2010 sont entachées de profondes incertitudes», relève Aymo Brunetti. Deux éléments cruciaux sont impossibles à détecter: le début de la fin de la crise financière et les premiers signes de reprise aux Etats-Unis. Le Seco espère que le fond de la récession sera atteint autour de la fin de l’année, mais estime que la reprise sera lente, en forme de U, et non rapide comme espéré précédemment. Le taux de chômage (5,2% en 2010, soit plus de 200 000 chômeurs, contre 4,3% prévus précédemment) sera le plus élevé depuis mai 1997, alors que la brutalité de la chute du PIB est la plus forte depuis 1975 lorsqu’elle avait atteint – 6,7%.

Doris Leuthard, en charge de l’Economie, admet que la situation s’est «dramatiquement détériorée», mais n’envisage pas d’anticiper les mesures en discussion dans le cadre du troisième paquet de relance visant à soutenir le pouvoir d’achat. «Il faut déjà qu’entrent en vigueur, dès avril, les mesures de la deuxième étape, à hauteur de 700 millions de francs. Elles seront efficaces en fin d’année», explique la conseillère fédérale. La ministre de l’Economie s’inquiète de la montée du chômage qui touchera particulièrement les jeunes. Elle «appelle les entreprises à recourir au chômage partiel» au lieu de licencier.

Exigences syndicales

L’Union syndicale suisse accuse le gouvernement «d’insouciance» face à la crise et exige la mise en place immédiate de mesures de soutien de l’emploi et du pouvoir d’achat. Par exemple, le relèvement de 10 points des indemnités de chômage, soit à 90% du salaire pour le chômage partiel à la charge de l’Etat et à 80% en cas de licenciement, ainsi que la réduction des primes d’assurance maladie. Le syndicat Unia demande en outre l’instauration de cours de formation continue.