Le groupe Lonza a fortement réduit mercredi ses objectifs de croissance à moyen terme. En mai dernier, le groupe bâlois avait déjà abaissé ses prévisions pour l'exercice 2003 et annoncé la suppression de 550 emplois, dont une centaine en Suisse et 62 sur son site valaisan de Viège. Comme le craignaient déjà bon nombre d'analystes, ces restructurations n'ont pas permis de préserver les objectifs à plus long terme.

Alors que le groupe bâlois centré sur la chimie fine et les biotechnologies tablait jusqu'ici sur un chiffre d'affaires de 2,7 milliards de francs d'ici à 2005, la barre vient d'être abaissée mercredi à 2,1 milliards pour tenir compte d'une progression plus lente de la demande.

Plus surprenant: Lonza maintient pourtant des objectifs ambitieux de rentabilité opérationnelle sur le même horizon, soit une marge d'exploitation de 22%, ou de 30% au niveau de l'EBITDA (bénéfice d'exploitation avant amortissements financiers et corporels). Néanmoins, l'action risque de changer de profil aux yeux des investisseurs. «Sur le moyen terme, nous ne considérons plus Lonza comme un titre de croissance. De plus, le titre est loin d'être bon marché», prévient Bernd Pomrehn, spécialiste du secteur auprès de la Banque Cantonale de Zurich.

Malgré l'alerte sur les résultats de mai dernier, les résultats de Lonza au premier semestre 2003 (voir tableau ci-dessus) ressortent un peu en dessous des attentes au niveau des ventes. Le chiffre d'affaires a en effet reculé de 10,4% à 1,157 milliard de francs (–6,1% à taux de change fixes), alors que la marge opérationnelle EBITDA s'est légèrement tassée à 15,1% avant charges extraordinaires de 52 millions de francs.

Quant au bénéfice net semestriel, il a chuté de moitié (–48,4%) à 83 millions de francs, même si une amélioration est attendue au deuxième semestre. Prudent pour l'an prochain, Markus Gemuend, président du directoire, présente d'ailleurs 2003 et 2004 comme des années de transition. Réaction du marché: l'action Lonza a encore perdu 3,8% à 62,25 francs mecredi à la Bourse suisse.

Recentré sur les sciences de la vie – un secteur qui génère les trois quarts de ses affaires –, le groupe Lonza est considéré comme le troisième producteur mondial de substances pour les entreprises pharmaceutiques. Mais les Synthèses exclusives pour cette clientèle ont souffert de reports d'homologations de produits. Pourtant, le versement de pénalités contractuelles doit compenser une partie du manque à gagner en 2003.

Le groupe bâlois a fondé sa stratégie d'expansion dans les sciences de la vie sur la propension des groupes pharmaceutiques à confier la fabrication de leurs produits à des sous-traitants.

Toutefois, une tendance inverse est observée depuis quelque temps. «Heureusement, il y aura toujours des sociétés biotech qui n'ont pas les moyens d'investir dans des usines», commente un analyste. Pour ce dernier, des groupes comme Lonza prennent en charge une partie des risques de l'industrie pharmaceutique. Le responsable opérationnel, Markus Gemuend, a évoqué la possibilité d'ouvrir de nouvelles succursales en Chine pour lutter contre une menace émergente, celle de la concurrence asiatique.

Pour offrir une gamme de technologies élargie à sa clientèle, Lonza a revu son modèle d'entreprise dans le domaine de la synthèse à façon (sur mesure). Ainsi que l'a annoncé le groupe en mai dernier, les unités Synthèses exclusives (activités chimiques), Biotec (fermentation microbienne) et Biologics (culture de cellules de mammifères) ont été combinées en une seule division, Fabrication à façon.

Parallèlement, les unités Chimie fine organique, Produits chimiques haute performance et le centre de service de Viège vont former la nouvelle unité Lonza Organic Chemicals.