Tornos a raté son entrée en Bourse. Mais quelle entreprise aurait réussi sa première cotation par un tel jour de tabac sur les places financières européennes? Estimée entre 95 et 115 francs le 2 mars lors de la présentation de l'opération IPO (Initial Public Offering), l'action de l'entreprise spécialisée dans la production de décolleteuses a commencé la cotation à 100 francs. Juste avant la clôture, le titre de la société de Moutier (BE) s'échangeait à 92 francs, soit une baisse de 8% en une séance.

Les analystes interrogés par Le Temps étaient pourtant tous convaincus de la solidité de la société (lire Le Temps du 3 février). Le marché en a décidé autrement. Mais ce jour de mauvaise fortune ne doit pas cacher quatre années magnifiques pendant lesquelles Tornos a doublé son chiffre d'affaires (de 197 millions de francs en 1997, les ventes sont passées à 370 millions en 2000!). En quatre ans, Tornos a augmenté ses ventes de 23,5% en glissement annuel. Aujourd'hui, l'entreprise occupe 1231 collaborateurs, dont 1000 sur le site de production de Moutier. Les clients principaux sont actifs dans les domaines électronique, automobile, horloger et de la technique médicale. Environ 90% du chiffre d'affaires est réalisé à l'étranger (Europe, Etats-Unis et Asie).

Une belle convalescence

L'entreprise prévôtoise a pourtant frôlé la mort financière au début des années 90. Une dette de plus de 60 millions de francs auprès d'un groupe de banques emmenées par l'UBS a failli précipiter la société dans le gouffre. Tornos a donc été mise sous perfusion pendant quelques mois, puis les remèdes de cheval se sont succédé: suppressions de postes, introduction du chômage partiel (15% en moyenne), blocage des salaires, suspension du treizième mois et refonte totale des équipes. Mais cela n'a pas suffi. Il fallait recentrer le savoir-faire de cette ancienne société sur un produit phare. Et Anton Menth, le nouveau patron depuis mars 1995, l'a très vite compris en lançant sur le marché la Delco 2000, une nouvelle décolleteuse couplée à un logiciel informatique Windows. Depuis ce recentrage, le carnet de commandes est plein dans un secteur en forte expansion.

Ce redressement inespéré et les bons résultats qui ont suivi ont attiré le groupe d'investissement britannique Doughty Hanson en janvier 1999. Les investisseurs d'outre-Manche ont déjà accompagné les entrées en Bourse en Suisse des sociétés Geberit (matériel sanitaire), Ilford (imagerie numérique) et Tag Heuer (horlogerie). Actuellement, Dougthy Hanson détient environ 95% du capital de Tornos, le reste étant entre les mains de la direction. Les Britanniques devraient fortement réduire leur participation suite à l'IPO.

Mais la chute du cours le premier jour risque bien de faire changer les Britanniques de stratégie. «L'opération qui vise à récupérer des liquidités afin de financer la croissance de la société sera peut-être reportée», remarque un analyste. Même si la demande de pièces décolletées augmente de façon exponentielle, l'injection de 15 à 20 millions de francs d'investissement dans les nouveaux sites de production de Moutier, comme l'avait annoncé au Temps Pierre-Yves Koller, le porte-parole de Tornos, pourrait être remise aux calendes grecques. Mais une chose est sûre: il n'y avait pas pire journée pour faire son entrée en Bourse que ce mardi 13 mars.