Comme la roue tourne… Il y a deux ans, des cadres de la Banque Cantonale Vaudoise se réjouissaient en privé du moment où «nous rachèterons la Banque Cantonale de Genève pour un franc symbolique». Au premier semestre 2002, la BCV paie ses mauvais risques en affichant une perte nette de 75,3 millions de francs, tandis que la BCGE réduit la sienne à 19,6 millions (24,8 l'an dernier).

Ce résultat reste bien sûr insatisfaisant, mais c'est avec un certain soulagement que le directeur, Blaise Goetschin, a confirmé vendredi matin que «nous nous rapprochons du point d'équilibre», qui reste fixé à la fin de l'année. La maison mère y serait déjà si elle n'avait découvert encore (!) 17,7 millions de très mauvaises affaires. Sans ce résidu et quelques millions de charges extraordinaires liées aux audits et à la restructuration, elle afficherait un petit bénéfice de 5,6 millions.

Parmi les motifs de satisfaction figure le fait que le ratio de fonds propres a progressé de 117 à 122%. L'amortissement des mauvais risques regroupés dans la fondation de valorisation se poursuit au rythme prévu (294 millions au premier semestre). Les frais généraux ont été sensiblement diminués sans licenciements – le personnel a été réduit de 890 à 860 collaborateurs par le jeu des départs naturels. Signe que l'image de la banque se rétablit, 460 nouveaux mandats de gestion ont été confiés au groupe depuis l'automne dernier. L'épargne recueillie auprès du public a augmenté de 7% en dix-huit mois. Enfin, la BCGE a réduit substantiellement ses engagements envers les autres banques et se trouve désormais dans une position beaucoup plus confortable pour négocier les refinancements.

Au chapitre des moins bonnes nouvelles, un trou de 7,2 millions a été creusé en 1985 à la filiale Anker par un employé indélicat, dont le forfait a été découvert grâce à une mise à niveau de l'informatique. Plainte pénale a été déposée. Les correctifs de valeur, provisions et pertes restent relativement élevés à 43 millions de francs, alors que la BCGE avait budgété la moitié. «C'est une déception», admet la direction. Héritage du passé, la BCGE traîne encore pour 823 millions d'actes de défaut de biens. Les quatre services du contentieux ont d'ailleurs été fusionnés en un seul pour mieux nettoyer ce passé poisseux.

La masse sous gestion est restée à peu près stable (16,3 milliards contre 17,1 en 2001). La légère contraction est due en partie au ciblage plus rigoureux des activités de la BCGE. «Nous avons bien résisté dans une conjoncture périlleuse», résume Eric Bourgeaux, directeur financier.

La stratégie des prochaines années vise clairement à améliorer l'ancrage auprès de la clientèle privée et des PME. Le produit d'investissement «Best of» a rencontré du succès et livre un rendement très honorable en ces temps de yo-yo boursier. Il est prioritairement destiné aux «fortunes à taille humaine» (50 000 à 500 000 francs). S'y ajoute depuis peu un plan de fidélisation offrant des bonus sur épargne. La BCGE se montre aussi plus dynamique sur le marché hypothécaire.

Michel Mattacchini, nommé président du conseil d'administration de la BCGE il y a quelques mois, veut «renforcer encore l'image comme intervenant économique régional». Une PME sur deux a déjà un compte à la banque, une sur trois y a un crédit. Les autres objectifs du nouveau président sont de diversifier davantage les sources de revenus et d'améliorer le fonctionnement d'entreprise, notamment par la création d'un comité mixte (direction, délégués du personnel, extérieurs) statuant sur les rémunérations, la politique d'engagements et la formation.