Revue des idées économiques

Managers et amortissement du goodwill

Les directeurs ont une longueur d’avance sur les investisseurs à la publication d’une correction de valeur sur un actif. Un événement négatif pour l’action. Une étude montre précisément que les managers vendent plus fréquemment leurs actions avant l’annonce d’une telle nouvelle.

Les initiés n’ont pas le droit de profiter de leurs informations privilégiées, et par conséquent d’acheter des actions de leur entreprise juste avant l’annonce d’un bon résultat. Ou de vendre avant une mauvaise nouvelle. On appelle initiés les membres du conseil d’administration et de la direction. Des règles précises existent donc sur leur comportement d’investisseur.

La recherche sur les initiés est abondante. Mais une étude originale (1) se penche sur le comportement des initiés face à une information très particulière de l’entreprise, l’amortissement (ou correction de valeur) du goodwill. L’opération se produit lorsque la valeur d’une unité ou d’une société rachetée est inférieure à la valeur à laquelle elle est inscrite au bilan. L’initié dispose d’un savoir qui lui permet d’anticiper un tel amortissement plusieurs trimestres avant sa publication. En bourse, cette information n’est pas dérisoire. En moyenne, l’amortissement du goodwill se traduit par une baisse du cours de 5,5% (mesure prise entre 30 jours avant l’annonce et 2 jours après) pour les sociétés dont la qualité de l’information est basse. Cette dernière se définit par le nombre d’analystes financiers qui produit des études sur la société. Le recul est de 2,4% pour les autres.

Les règles portant sur ce qu’il est convenu d’appeler le test de l’amortissement du goodwill sont assez larges. Le test n’est par exemple effectué qu’une fois par an. L’initié dispose donc d’une grande marge de manœuvre. C’est pourquoi les auteurs de l’étude analysent les ventes d’actions des managers 24 mois avant l’annonce de l’amortissement. Ils analysent 612 amortissements du goodwill entre 2002 et 2007. Prudent, les auteurs affirment qu’il n’est pas possible d’affirmer avec certitude que les initiés sont actifs en bourse dans l’anticipation d’un amortissement du goodwill puisque les risques de litige et de gouvernance peuvent empêcher de tels actes. En outre la bourse peut elle-même anticiper ces annonces.

Les résultats de l’étude sont pourtant clairs: D’une part, les initiés d’entreprises qui publient un amortissement du goodwill vendent davantage leurs actions que les autres. D’autre part, parmi les entreprises qui procèdent à un amortissement du goodwill, celles dont les initiés vendent leurs titres présentent une performance significativement moins bonne que les autres. Cette mauvaise performance est encore plus manifeste pour les entreprises dont la qualité d’information est moindre.

L’étude ne prend en compte que les membres de la direction et non pas ceux du conseil d’administration, en supposant que ces derniers sont moins au courant de l’actualité brûlante concernant ces aspects comptables. Elle montre toutefois que ces initiés disposent d’une incitation à retarder la reconnaissance d’un besoin d’amortissement.

(1) Insider trading preceding goodwill impairments, Karl Muller, Monica Neamtiu, Edward Riedl, Harward & Business School Accounting & Management, Working Paper 1429 615, 2009

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