Les tensions que prédisaient les observateurs se sont avérées ce samedi à Genève. Deux jours avant le sommet officiel de l’Organisation, quelque 5’000 manifestants s’étaient donné rendez-vous dans les rues, dont manifestement des casseurs.

Environ 200 manifestants violents, cagoulés et casqués --»manifestement des +Black Blocks+»-- s’étaient placés en milieu de cortège et «ont commencé à commettre des déprédations dès le départ de la manifestation», a indiqué à l’AFP M. Patrick Puhl, un porte-parole de la police genevoise. Plusieurs charges de police --tirant des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc et avec le soutien d’une auto-pompe-- ont alors disloqué le cortège de plusieurs milliers de manifestants qui venait de s’ébranler dans le centre-ville en direction du siège de l’OMC, au bord du lac Léman.

A 15h30 une dizaine de voitures étaient en feu, alors que la police a semblé peu présente auparavant, le cortège était divisé en plusieurs groupes et il n’était pas certain qu’il puisse aller à son terme. Aux abords des Pâquis, le spectacle était celui de policiers répliquant à coup de gaz lacrymogènes à des violences organisées par des groupes de personnes venues manifestement pour semer le chaos. Des arrestations ont eu lieu.

Vers 15h45, les heurts semblaient circonscrits entre le lac et la rue de Lausanne, ainsi l’accès à la gare ne semblait pas perturbé pour l’instant. Des escouades de policiers étaient visibles qui sillonnaient le quartier, certains en scooters, d’autres en petites motos. Les forces de l’ordre ont recours à des balles en plastique, et plusieurs camionettes grillagées ont été vues.

La police est intervenue après que des vitrines d’un bijoutier, de banques et d’un hôtel eurent été brisées et saccagées par plusieurs dizaines de manifestants cagoulés et vêtus entièrement de noir. Des véhicules garés le long du parcours de la manifestation, notamment les plus luxueux, ont été endommagés. Selon le porte-parole de la police, «au moins quatre voitures ont été incendiées». Les pompiers sont très vite intervenus, ont rapporté des témoins.

La grande majorité des milliers de manifestants composant le cortège (3.000 selon la police, 5.000 attendus par les organisateurs) n’a pas participé à ces incidents, ont constaté les journalistes de l’AFP sur place. La manifestation, autorisée, devait parcourir samedi après-midi le centre-ville de Genève et faire halte devant le siège de l’OMC, le temps de quelques discours.

Les organisateurs ont ensuite pris la décision de dissoudre la manifestation à la suite de ces incidents violents et après que la police eut interdit au cortège de poursuivre vers le siège l’Organisation mondiale du commerce (OMC) selon l’ATS. Environ 200 manifestants violents, cagoulés et casqués --»manifestement des +Black Blocks+»-- s’étaient placés en milieu de cortège et «ont commencé à commettre des déprédations dès le départ de la manifestation», a indiqué à l’AFP M. Patrick Puhl, un porte-parole de la police genevoise.

Tensions dès vendredi soir

La tension était montée de plus d’un cran samedi à quelques heures de la manifestation altermondialiste. La cause, trois dirigeants paysans sud-coréens qui devaient y participer ont été interdits d’entrée en Suisse à leur arrivée à l’aéroport de Genève vendredi soir. «L’interdiction a été émise par les autorités fédérales et nous ne faisons qu’appliquer l’ordre venant de Berne, explique Eric Grandjean, porte-parole de la police genevoise. Ils sont toujours détenus en attendant leur refoulement.».

Les trois personnnes concernées sont Dosuk Han, président de la Ligue coréenne des paysans, Kangsil Lee et Jejoon Ju de la Coordination coréenne de soutien aux mouvement paysans alors que deux autres militants n’ont pas été inquiétés. Selon Patrick Puhl, la décision de ne pas les autoriser à entrer en Suisse a été prise au niveau fédéral suite au signalement par d’autres pays de leur comportement violent. La manifestation de ce samedi ainsi que d’autres événements sont organisés dans le sillage de la 7e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a lieu du 30 novembre au 2 décembre à Genève.

La Coordination anti-OMC qui organise la manifestation crie au scandale. «La Suisse accueille à bras ouvert les délégués de l’OMC, mais interdit les paysans qui sont victimes de la libéralisation du marché agricole», déclare Valentina Hemmeler, porte-parole du sysndicat agricole suisse Uniterre. L’avocat genevois Jean-Pierre Garbade dénonce aussi la violation des droits démocratiques par les autorités genevoises. Il a multiplié les démarches en vue d’avoir un premier contact avec les trois Sud-coréens, mais sans succès.

Le syndicaliste suisse Giangiorgo Garantini a mis en garde contre toute provocation policière. «Nous envisageons une manifestation pacifique et rien ne nous permet de penser qu’il y aura des dérapages», dit-il. Par contre, il juge excessif le nombre de policiers présents à la gare de Genève et la fouille systématique des personnes. «Nous mettons les moyens qu’il faut pour maintenir l’ordre et nous exerçons le droit de contrôle», explique Eric Grandjean de la police genevoise.