Zone euro

Les manœuvres pour remplacer Mario Draghi ont débuté

La Banque centrale européenne a entamé un processus de renouvellement de son directoire. L’élection lundi soir de Luis de Guindos, ministre espagnol de l’Economie, à la vice-présidence ouvre la voie à la candidature de l’Allemand Jens Weidmann à la tête de l’institution

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, quittera ses fonctions le 31 octobre 2019. Mais la course à sa succession est d’ores et déjà lancée. En réalité, quatre des six membres du directoire (organe exécutif) seront remplacés durant ces deux prochaines années. A la fin de l’exercice, les nouveaux responsables se chargeront de gérer la fin de la politique d’assouplissement monétaire en place depuis mars 2015, dont l’objectif est de raviver les investissements et l’inflation. Mario Draghi, 70 ans, avait entamé son mandat à la BCE en novembre 2011.

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Le premier acte de l’exercice a eu lieu lundi soir. Réuni à Bruxelles, l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro) a désigné Luis de Guindos, ministre espagnol de l’Economie, pour remplacer le Portugais Vitor Constancio à la vice-présidence de la BCE dès le 1er juin prochain. Cette nomination, qui devrait encore être validée au sommet européen les 22 et 23 mars, n’est pas du goût de tous les protagonistes. Notamment du Parlement européen, qui a son mot à dire mais n’a pas de droit de veto. Les socialistes européens craignent un conflit d’intérêts. Selon eux, le ministre espagnol, qui vient de la famille politique des conservateurs, pourrait saper l’indépendance de la BCE. Luis de Guindos a été nommé lundi après le désistement de son unique concurrent, Philip Lane, gouverneur de la Banque d’Irlande. Ce dernier avait, lui, le soutien du Parlement.

Un ancien de Lehman Brothers

Le ministre espagnol, qui devrait donner sa démission ces prochains jours, a rejoint le Ministère des finances en 1996 avant de devenir secrétaire d’Etat à l’Economie (2002-2004) dans le gouvernement de José Maria Aznar. Après l’arrivée des socialistes au pouvoir en 2004, il est retourné dans le privé, comme président de Lehman Brothers pour le Portugal et l’Espagne entre 2006 et 2008, avant la faillite de la banque, emportée par le scandale des «subprime».

Le choix de Luis de Guindos ouvre-t-il tacitement la voie à l’élection d’un candidat rigoriste et partisan de la discipline financière d’un pays du nord de l’Europe pour remplacer Mario Draghi? De l’avis de tous les analystes, le choix de lundi est taillé sur mesure pour faciliter l’élection l’an prochain de l’Allemand Jens Weidmann, le patron de la Bundesbank et un proche de la chancelière allemande Angela Merkel. Depuis sa création en 1998, la BCE a été dirigée par le Néerlandais Wim Duisenberg, le Français Jean-Claude Trichet et l’Italien Mario Draghi.

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Jens Weidmann est connu pour ses positions qui tranchent avec celles de Mario Draghi. A maintes reprises, l’Allemand a critiqué la politique d’assouplissement monétaire de la BCE. Dans une interview à Reuters le 7 janvier dernier, il réclamait une date pour terminer ce programme. La BCE s’est engagée à poursuivre le rachat d’actifs à hauteur de 60 milliards d’euros jusqu’en septembre 2018 et «au-delà si nécessaire». Le président de la Bundesbank y appelait aussi les banques de la zone euro à réduire leurs créances douteuses, notant que celles-ci freinaient la mise en place du Mécanisme européen de garantie des dépôts bancaires.

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