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Manuel Emch, directeur de RJ-Romain Jerome, annonce sa démission.
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Horlogerie

Manuel Emch: «Une véritable lame de fond va bousculer l'horlogerie suisse» 

Après sept années passées à la tête de RJ-Romain Jerome, Manuel Emch annonce qu'il quitte son poste. Il évoque les prochains grand bouleversements que va connaître l'industrie horlogère

Chez Jaquet Droz, il avait fait huit ans. Chez RJ-Romain Jerome, ce sera sept. Entré en fonction le 1er janvier 2010, Manuel Emch annonce aujourd’hui qu’il quittera son poste de directeur général le 1er février. Le quadragénaire entend néanmoins garder un pied dans cette entreprise aux 12 employés en en rejoignant le conseil d’administration pour s’occuper, notamment, de la stratégie.

Parti de presque rien il y a sept ans – la société était lourdement déficitaire et frôlait la faillite – Manuel Emch a amené cette marque née en 2004 à ce qu’il considère comme un «palier». En janvier, il a ouvert un nouveau siège genevois, une nouvelle boutique et a fait entrer ses montres au style très contemporain dans le «Carré des horlogers» du Salon international de Haute horlogerie. Selon nos estimations, elle réaliserait actuellement une dizaine de millions de francs de ventes, un chiffre que Manuel Emch ne commente pas.

Le Temps: Pourquoi partir alors que la marque semble pouvoir encore progresser?

Manuel Emch: Je suis arrivé à un palier, une fin de cycle. Comme lors de mon passage chez Jaquet Droz, j’ai construit une forte identité à RJ-Romain Jerome. C’est aujourd’hui une marque contemporaine, connue pour sa capacité à parler aux jeunes (peu de marques touchent, comme elle, un public de moins de trente ans!)… J’ai aussi développé un solide réseau de distribution et j’en ai fait une marque crédible. Je crois que j’ai rempli ma mission et j’ai envie de prendre un peu de temps pour moi. Ce d’autant que l’équipe de direction à qui je passe le témoin est solide et prête à relever le défi.

– La marque perdait beaucoup d’argent à votre arrivée. Est-ce que RJ-Romain Jerome est aujourd’hui rentable?

– On a connu une année 2014 extrêmement bonne, avec un très beau profit. 2015 a été une année compliquée pour nous car nous n’avons ni filiales ni boutiques en propre et les réseaux de distribution étaient particulièrement anxieux. Mais après ce passage difficile, en 2016, nous avons remonté la pente et, ayant vendu environ 1200 montres, sommes aujourd’hui tout juste rentables.

– Particularité de votre marque, votre actionnaire majoritaire est le prince saoudien Fahd al-Saoud. Quelle relation avez-vous entretenu avec lui?

– Nous avions peu de contacts personnels, mais notre relation était essentiellement basée sur une confiance mutuelle. RJ-Romain Jerome n’est certainement pas son investissement le plus important, mais je crois qu’il porte un vrai attachement émotionnel à cette marque. Il avait également des exigences de rentabilité.

– Différentes marques (Zenith, Pierre deRoche…) cherchent ouvertement de nouveaux directeurs. Est-ce que vous avez des pistes pour la suite?

– J’ai quelques pistes, mais je me laisse le temps de réfléchir. Pour me lancer dans un troisième projet, il me faut peut-être prendre d’abord un peu de recul et surtout trouver un actionnaire conscient des changements qui s’annoncent Pendant les récentes années de forte croissance, on a parlé de chiffre d’affaires et de rentabilité, mais cette industrie a surtout besoin d’émotions et de créations.

– Vous mentionnez «les changements qui s’annoncent». A quoi faites-vous allusion?

– L’actuelle crise doit faire réfléchir. Il y a une véritable lame de fond qui va bouleverser tout ce à quoi on s’est habitué ces dernières années. Les modes de consommation vont changer, les clients ne veulent plus posséder, mais emprunter, l’instabilité permanente (culturelle, sociale, politique) accélère absolument toutes les tendances. Et l’horlogerie suisse sera évidemment touchée par ces bouleversements. C’est même toute son organisation fondamentale qui devrait changer. Peu de marques ont actuellement les moyens de relever ce défi.


 

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