Marque de niche par excellence, Greubel & Forsey poursuit son cheminement dans la haute horlogerie. Fondée en 2004 par le binôme Robert Greubel et Stephen Forsey, la jeune société est entrée dans la cour des grands en quelques années seulement, avec l’an passé plusieurs événements qui ont encore renforcé son statut de marque avec laquelle il faut compter: une première présence remarquée au Salon international de la haute horlogerie (SIHH), ou alors récompense ultime, elle s’est vu décerner l’Aiguille d’or du dernier Grand prix d’horlogerie de Genève. Cette année, pour sa deuxième présence au SIHH, l’esprit, les motivations, l’approche n’ont cependant en rien changé. «Notre objectif consiste à toujours et encore améliorer nos produits. Nous ne visons absolument pas une croissance dans les volumes», explique Emmanuel Vuille, directeur général, qui a rejoint la société pour laisser les deux propriétaires fondateurs se consacrer essentiellement au développement des produits.

Jusqu’à 750 000 francs

En 2010, l’entreprise, qui s’est dotée d’une manufacture flambant neuve à La Chaux-de-Fonds pour un peu plus de 10 millions de francs, a écoulé 100 montres. Le même niveau qu’en 2009, alors que les exportations horlogères refluaient de plus d’un cinquième. Comme si ce créneau hyperspécialisé et exclusif, donc onéreux, se jouait des cycles ou alors représentait une sorte d’ataraxie conjoncturelle. Les produits de la marque, nécessitant selon les modèles entre six à huit mois de travail – chaque composant étant travaillé à la main –, ne sont toutefois pas destinés à toutes les bourses puisqu’ils oscillent de 300 000 à 750 000 francs, soit l’équivalent, par pièce, de plusieurs voitures de luxe.

Qui peut s’offrir de tels garde-temps, qui portent des noms poétiques comme «quadruple tourbillon à différentiel sphérique», «tourbillon 24 secondes incliné» ou «double tourbillon 30° technique»? «Ce sont des personnes de 35 à 45 ans, forcément très riches, des entrepreneurs, qui achètent avec leur fortune personnelle, pas avec leur salaire, et qui sont capables de comprendre la haute technicité de nos produits. Et ils sont très fidèles», détaille Emmanuel Vuille. Un client a carrément acquis quatorze pièces au fil des ans.

Ventes 2011 assurées

La société, dont le groupe Richemont a pris une participation de 20% et qui s’est fait une solide réputation en revisitant sous différents aspects le tourbillon – reine des complications horlogères –, emploie 110 personnes, en comprenant ses sociétés affiliées, comme CompliTime (développement de mouvements) ou CT Design. Vainqueurs du Prix Gaïa en 2009, Robert Greubel et Stephen Forsey écoulent leurs produits dans 35 points de vente à travers le globe.

Pour la marque, le SIHH est une aubaine. Surtout que l’événement a lieu en début d’année et permet ainsi d’avoir une bonne lisibilité pour l’ensemble de l’exercice, aspect primordial pour une bonne gestion de l’appareil de production. En termes commerciaux, l’avantage est également indéniable. «Grâce aux commandes passées durant le salon, nous garantissons la totalité de nos ventes pour 2011.» Reste désormais à produire les pièces.