Banque

Marcel Rohner: «La capacité d’adaptation des banques a été phénoménale»

Le vice-président de l’Union Bancaire Privée sera proposé comme président de l’Association de banques suisses de gestion

Le départ de Boris Collardi de Julius Baer provoque aussi une réorganisation de l’Association de banques suisses de gestion (ABG). Rejoignant Pictet, une banque privée, celui qui était jusqu’ici président devrait céder sa place à Marcel Rohner. Le vice-président du conseil d’administration de l’Union Bancaire Privée (UBP) sera proposé à ce poste lors de l’assemblée générale de l’ABG le 25 mai.

En parallèle, Bernhard Hodler, directeur général de Julius Baer, devrait remplacer Guy de Picciotto, directeur général de l’UBP, comme vice-président de l’ABG. L’occasion de faire le point avec Marcel Rohner, qui avait également dirigé UBS entre 2007 et 2009. L’ABG compte 27 banques membres, soit plus de 1000 milliards de francs sous gestion et 17 000 collaborateurs.

Lire aussi: Chez UBS, «la fierté est de retour»

Le Temps: Qu’est-ce que cette réorganisation va changer?

Marcel Rohner: L’ABG a déjà renforcé son empreinte, son professionnalisme et établi une collaboration, très fructueuse, avec l’Association de banques privées suisses (ABPS). Les priorités ont également été clairement définies. En outre, l’ABG fonctionne très bien, il ne sera donc pas nécessaire de procéder à beaucoup de changements.

Quelles sont vos motivations pour rejoindre l’ABG?

J’ai pensé que je pouvais amener mon expérience de vingt-cinq ans dans l’industrie financière, où j’ai vu beaucoup de choses, y compris les plus grandes difficultés de la crise. En outre, cet engagement est à la fois intéressant et important: si je peux contribuer à renforcer le secteur, je me sens privilégié. Le conseil d’administration de l’UBP m’a de plus soutenu dans cette démarche.

Quels sont les dossiers prioritaires pour les banques de gestion de la place financière suisse?

L’ABG a identifié plusieurs sujets après avoir sondé ses membres, le plus important étant le positionnement du secteur comme une industrie d’exportation. Il en a toutes les caractéristiques, à commencer par la structure de ses résultats (coûts en francs, revenus en monnaies étrangères). De ce fait, l’accès aux marchés étrangers est un sujet crucial, en Europe, en Asie, etc. Nous allons donc continuer à soulever cette question devant les politiciens.

Parmi les autres défis, nous sommes face à une intensification de la concurrence, les taux restent bas – ce qui affecte les revenus –, les coûts continuent d’augmenter et la pression à l’innovation se fait sentir. Nous devons y répondre, notamment en mettant l’accent sur la formation, car notre service doit rester le meilleur, en renforçant notre efficacité grâce à la technologie et en accélérant la collaboration entre les banques.

Etes-vous optimiste pour le secteur?

Si, il y a dix ans, quelqu’un nous avait dit que le franc bondirait de 30%, que les taux d’intérêt tomberaient en dessous de zéro, que le secret bancaire serait remplacé par l’échange automatique d’informations, que l’investissement actif serait concurrencé par la gestion passive, que la réglementation pour la protection des consommateurs se serait renforcée, le tout se produisant en même temps, on aurait pensé qu’il serait difficile pour les banques de survivre. Or, la capacité d’adaptation des banques a été phénoménale. La contribution au PIB suisse a diminué, une consolidation s’est produite, mais si on observe leur compétitivité, leurs revenus, il n’y a absolument aucune raison de ne pas être optimiste. La Suisse a montré qu’elle pouvait s’adapter, et si on se compare aux autres places financières, on reste en haut de la ligue. Mais il faut faire attention de ne pas perdre du terrain, les politiques doivent aussi faire leurs devoirs.

Publicité