Dans le courant du mois de juillet, les principaux indices de la Bourse américaine enregistraient de nouveaux sommets historiques, renforçant encore l'optimisme des investisseurs. Ce récent mouvement de hausse avait toutefois des allures suspectes dans la mesure où l'avance du marché a été extrêmement sélective, se confinant essentiellement à une poignée de blue chips et de larges capitalisations, la majorité des autres valeurs de la cote étant complètement délaissées. A partir de cette divergence négative, deux développements étaient possibles: soit le reste du marché se redressait, soit les blue chips se repliaient. C'est ce deuxième cas de figure qui s'est produit, entraînant une correction de 10% en moins d'un mois. Actuellement, le marché est survendu, davantage même qu'il l'était en avril et octobre 97, deux périodes qui se sont avérées d'excellentes occasions d'achat. Faut-il alors se précipiter aujourd'hui sur la Bourse américaine sous prétexte que les cours sont un peu plus bas? Ce n'est pas sûr. Certes, une reprise technique de la Bourse est probable à court terme, mais le mouvement risque de faire long feu. Tout dépendra de la qualité de cette reprise qui, pour avoir un caractère durable, requiert la participation d'un nombre beaucoup plus important de valeurs, sans quoi la tendance baissière pourrait reprendre rapidement à Wall Street.

Le problème principal pour le marché des actions est toujours l'érosion régulière de la progression des bénéfices des sociétés et un manque certain de visibilité pour 1999. Si le processus d'ajustement à la baisse des estimations de bénéfices est déjà largement en cours, il n'en est pas pour autant terminé, d'où le risque de déceptions, à commencer avec les résultats du troisième trimestre. Un ralentissement de la croissance économique au second semestre aux Etats-Unis ne ferait qu'amplifier les effets déflationnistes de la crise asiatique sur les bénéfices des entreprises américaines.

Pour les prochains mois, l'indice Dow Jones devrait évoluer dans une fourchette de fluctuation comprise entre 8000 et 9000, le niveau inférieur signifiant une baisse potentielle de quelque 10% par rapport aux cours actuels. Si c'était le cas, cela veut dire que les plus hauts de l'année ont déjà été vus cet été et que le second semestre représentera pour la Bourse une période de consolidation. Il serait prématuré de conclure que le «bull market» des années 90 touche à sa fin, mais une pause apparaît plus que souhaitable, ne serait-ce que pour corriger certains excès d'évaluation perceptibles dans bon nombre de valeurs. Malgré les turbulences internationales, le niveau de complaisance des investisseurs américains pour leur propre marché reste élevé. Cela tient au fait qu'une baisse majeure de la Bourse s'est rarement produite lorsque les taux d'intérêt sont orientés à la baisse et que l'inflation est faible. Rien de tel cependant qu'un trou d'air pour tempérer les ardeurs les plus optimistes.

Les disparités d'évaluation entre titres et secteurs peuvent être souvent considérables. Le marché semble donner une prime substantielle aux sociétés capables de délivrer une progression satisfaisante et surtout consistante de leurs bénéfices. C'est pourquoi, sur une base sélective, les valeurs financières, de la consommation et de la technologie continuent d'être recherchées. Par opposition, les secteurs des industries de base, des biens d'équipement et de l'énergie sont généralement déprimés; ils risquent de le rester tant que des signes d'une amélioration de la conjoncture globale ne seront pas plus perceptibles. Et ce n'est peut-être pas pour tout de suite.

*Pictet & Cie