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Le marché aérien européen est plus concurrentiel que celui des Etats-Unis, même si la technologie est la même et la concurrence étrangère semblable.
© Reuters/Rafael Marchante

Gouvernance

Le marché européen est plus compétitif que l’américain

Une étude démontre que, à l’inverse des idées reçues, les marchés du Vieux-Continent souffrent d’un moindre degré de concentration, de plus faibles barrières à l’entrée et de profits moins excessifs. La raison est à chercher dans l’indépendance des institutions européennes

Non, l’Europe n’est pas devenue plus libérale que les Etats-Unis et l’enseignement de Milton Friedman n’est pas plus apprécié qu’avant. Mais les marchés européens sont plus compétitifs que leur concurrent d’outre-Atlantique. Telle est la conclusion contre-intuitive d’une étude publiée par la célèbre association de recherche indépendante NBER (National Bureau of Economic Research).

Longtemps, les Etats-Unis ont été plus concurrentiels. Ce sont eux d’ailleurs qui ont inventé l’«antitrust», au XIXe siècle. Si l’Europe entend rattraper son retard en termes de compétitivité, elle doit adopter le modèle américain du libre marché, selon une étude des économistes comme Alberto Alesina et Francisco Giavazzi (2006).

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Le virage des années 1990

Un virage s’est produit dès les années 1990, et aujourd’hui ce sont les marchés européens les plus compétitifs. Ces derniers présentent un moindre degré de concentration qu’aux Etats-Unis, de plus basses barrières réglementaires à l’entrée et des profits moins excessifs, écrivent German Gutierrez, chercheur, et Thomas Philippon, professeur de finance auprès de la Stern School of Business de l’Université de New York dans leur travail («How EU Markets Became More Competitive Than US Markets: A Study of Institutional Drift» NBER 24700, June 2018).

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La concentration industrielle et les taux de profits sont stables en Europe alors qu’ils augmentent aux Etats-Unis, en particulier dans les télécoms et les compagnies aériennes. Si l’on s’en tient à ces deux branches d’activité, il apparaît que ce sont pourtant des technologies identiques sur les deux continents et que la concurrence étrangère est identique.

Des autorités plus indépendantes

Les auteurs présentent un modèle explicatif. Ils estiment que les politiciens de différents pays mettant en place des autorités réglementaires communes créent une instance plus indépendante et davantage favorable à la concurrence qu’un régulateur national.

Les autorités européennes le prouvent dans de nombreux cas. La surveillance parlementaire de la BCE est par exemple bien plus faible que celle de la Fed aux Etats-Unis. Et la Direction générale de la concurrence européenne est bien plus indépendante que le Département américain de justice. Les autorités européennes mettent aussi en œuvre des dispositions davantage favorables à la concurrence que n’importe quel pays individuel, selon l’étude.

Par ailleurs, les pays qui souffrent de faibles institutions profitent de la délégation de la réglementation antitrust telle qu’elle est organisée dans l’Union européenne.

Le modèle des deux économistes montre enfin pourquoi les dépenses de lobbying sont supérieures aux Etats-Unis que dans l’Union européenne. Elles sont même plus de deux fois plus élevées. Les auteurs l’évaluent à 1,4 milliard de dollars pour seulement vingt Etats américains représentant 58% du PIB du pays. C’est l’équivalent de l’ensemble des dépenses en Europe. Or c’est cet argent qui explique l’augmentation relative de la concentration économique aux Etats-Unis.

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