BILAN (II)

Le marché japonais retrouve les faveurs des investisseurs

Après un printemps médiocre, les actions nippones sont en retard sur le reste du monde. Mais les spécialistes estiment que les perspectives sont favorablement orientées.

Erigé au rang de marché actions préféré des stratèges en 2005, à mesure que la reprise économique gagnait en vigueur, le Japon est brutalement tombé de son piédestal au printemps. Entre avril et juin, l'indice Nikkei a sombré de 19%. Il commence tout juste à recouvrer les faveurs des investisseurs, comme en a attesté le retour timide des étrangers cet été après leur désertion de mai et juin. Mais si l'indice a rebondi de 13,5% depuis la mi-juillet, avec 1,7% de progression totale sur l'année, il a accumulé un retard qu'il peinera à combler sur l'Europe (+8,34% pour le SMI) et les Etats-Unis (+6,96% pour le Dow Jones).

«Il faut relativiser cette sous-performance. De l'été 2005 à mars 2006, la Bourse japonaise a été en complet dérapage, ce qui a entraîné une extension disproportionnée des valorisations. La phase de correction devait avoir lieu. Le marché est dorénavant prêt à renouer avec une tendance haussière raisonnable», commente Daniel Felder, gérant indépendant. «Le marché n'a fait que corriger pour retrouver des niveaux sains. La baisse n'avait rien à voir avec une détérioration des fondamentaux de l'économie», renchérissait mardi Paul Kempf, gérant chez MWD Asset Management, lors d'une présentation.

Les perspectives de bénéfices comme principal soutien

Ce constat établi, les spécialistes rivalisent d'arguments favorables aux actions de l'Empire du Soleil-Levant. Principal facteur de soutien évoqué: la croissance des bénéfices. Très prudentes dans leurs anticipations, les sociétés devraient à nouveau rehausser leurs perspectives de résultats pour l'ensemble de l'année fiscale à l'occasion de la publication de leurs comptes semestriels en octobre et novembre, estime Paul Kempf. Selon la banque Mizuho, ces révisions porteraient la croissance annuelle des bénéfices attendus à 10% contre 5% actuellement.

Pour Daniel Felder, l'évolution des profits est d'autant plus positive qu'elle «ne tient pas seulement à la progression des ventes mais également à la diminution des coûts. Si les sociétés poursuivaient des stratégies de part de marché il y a quatre à cinq ans, elles privilégient dorénavant leur profitabilité. Celle-ci a retrouvé des niveaux nettement meilleurs qu'au plus haut des années 1980.» L'amélioration de la rentabilité a toutes les chances de se perpétuer, selon ce spécialiste. «Le vieillissement de la population entraîne le remplacement des salariés âgés par des jeunes, ce qui engendre une baisse de la masse salariale.»

En outre, «une deuxième phase de rationalisation des coûts va se mettre en route, elle passera par une accélération du mouvement de fusions-acquisitions et les cessions par les entreprises de leurs activités non rentables», prévoit Paul Kempf. A cela s'ajoute la meilleure prise en compte des intérêts des actionnaires par les sociétés nippones, synonyme d'augmentation des dividendes distribués et des programmes de rachats d'actions. Autre phénomène porteur, après des années de déflation, l'aversion des particuliers pour le risque s'estompe. Or le potentiel de diversification de leur patrimoine financier est énorme: à ce jour, il reste détenu à 51% sous forme de liquidités contre 13% seulement aux Etats-Unis.

Enfin, la communauté financière estime que le remplacement de Junichiro Koizumi au poste de premier ministre le 20 septembre ne devrait guère troubler Kabuto-Cho. Au cours de ces cinq années et demi de règne, le Nikkei a connu des hauts et des bas. Mais au total il a progressé de 27%, deux fois plus que le S & P 500 américain. Shinzo Abe, le premier ministrable le plus vraisemblable, ne s'est pour l'heure pas montré disert sur ses intentions en matière de politique économique. Tout au plus a-t-il indiqué qu'il fixerait à l'Archipel l'objectif d'atteindre 3% de croissance annuelle. Une ambition de bon aloi pour les investisseurs en actions nippones.

Prochain article: le yen au plus bas.

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