L'or se traite aujourd'hui à 274 dollars l'once, soit 3 dollars en dessus du niveau le plus bas de ces dix-huit dernières années. Le cours moyen pour l'année 1998 devrait se situer autour des 300 dollars l'once selon les analystes, et l'avenir reste très partagé, entre la baisse et la hausse.

Il est vrai que le métal jaune a perdu ses lettres de noblesse au cours des douze dernières années en passant d'un métal précieux à une matière première. Il a déçu ses fidèles adeptes qui lui ont fait confiance tout au long du chemin qui l'a amené jusqu'au niveau actuel de 274 US$ l'once. Il n'a pas su profiter des bouleversements majeurs dans le monde géopolitique ni de la globalisation de l'économie mais s'est comporté en victime d'un environnement économique sans inflation. Toutefois, l'or ne baisse et ne baissera pas les bras car il sait que l'économie vit des cycles qui se répètent à intervalles irréguliers et qu'un jour il saura retrouver la confiance des investisseurs et reprendre sa place au milieu du peloton de tête des valeurs d'un portefeuille de client.

L'or souffre énormément des ventes des banques centrales qui ne cessent chacune à leur tour d'alléger leurs réserves. A la chute du mur de Berlin, l'or a perdu en grande partie son rôle de valeur refuge et avec lui son aura. Des événements aussi importants pour le métal jaune que la guerre du Golfe ou la guerre en Bosnie n'ont fait que confirmer la théorie de ceux qui pensent que l'or n'est plus qu'une matière première, et, même les crises financières n'ont pu lui redonner son éclat, car dans un environnement de crise, les liquidités manquent et les ventes d'or permettent de combler ces manques. L'or est donc devenu pour les banques centrales un luxe qui ne se justifie plus dans les contextes politique et économique actuels. Notamment, ces ventes permettent à certaines banques centrales européennes, par exemple, de réduire leur coût de développement de l'Union européenne ou à d'autres de reconstituer des réserves afin de pouvoir intervenir pour défendre leur monnaie.

Pour les producteurs les plus importants dont l'Afrique du Sud et la Russie font partie, ils ont besoin de vendre ou prêter leur or afin de soutenir ou développer leur économie; quant au Canada, aussi un producteur majeur, il a vendu jeudi passé cinq tonnes d'or afin d'augmenter ses réserves en US$. Toutes ces années de baisse des cours leur ont permis d'affiner leurs techniques de gestion de production et de vente, et ils ne sont pas d'accord d'agir sur n'importe quel niveau. Nous savons que certains producteurs seraient même prêts à racheter une partie de leurs couvertures en cas de chute dans la zone de 270 US$ l'once.

Il sera par contre beaucoup plus difficile de quantifier l'impact de la crise asiatique sur le métal jaune, sachant que la principale consommation d'or physique provient des besoins de la bijouterie en Asie, plus particulièrement de l'Inde et de la Chine, pays qui jouent un rôle prépondérant dans l'utilisation et l'absorption de la production mondiale actuelle. Il est impossible à ce jour de connaître les retombées de cette crise asiatique sur leurs besoins d'or de ces prochains mois et années, donc indirectement de connaître l'impact sur les cours de l'or. Cependant, le marché a décidé de s'appuyer subjectivement sur la monnaie japonaise, le yen, pour essayer de quantifier l'impact de la crise sur le cours de l'or. Nous avons pu constater qu'une corrélation s'est établie entre les deux, et qu'une baisse du yen entraîne une baisse de l'or, et vice versa.

Après avoir évoqué l'ensemble des raisons qui pourraient décourager tout investisseur ou spéculateur d'acheter de l'or à vie, cherchons les point positifs qui feront acheter l'or sur le niveau actuel. Nous savons que l'or n'est plus une valeur refuge, qu'il est constamment soumis à une pression provenant des ventes à la fois des producteurs et des banques centrales, et que la crise asiatique bat son plein et pourrait encore s'amplifier, mais tout cela n'est-il pas déjà inclus dans le cours actuel?

Nous pensons que tous ces facteurs négatifs sont déjà inclus dans le cours de l'or actuel, que le paysage économique mondial devient de plus en plus difficile à prévoir, que techniquement l'or se trouve quasiment sur son niveau le plus bas de ces dix-huit dernières années et que l'offre annuelle est absorbée intégralement par la demande, ce qui nous amène à la conclusion qu'il faut l'acheter sur le niveau actuel avec une vision haussière à douze mois par le biais de transactions à terme ou des options.

N. B.: un kilo = 32,15 onces.

*GNI Gerrard National Inc., Genève.