Matières premières

Le marché des métaux reste malade de la surproduction

Une violente chute des prix n'a pas suffi à assainir le secteur minier, dopé par des crédits abondants. Le problème mettra du temps à se résorber, estiment les participants au sommet de Lausanne sur les matières premières

Le «bain de sang» n’est pas fini. Depuis leurs sommets de 2011-2012 atteints grâce au boom chinois, les prix de métaux industriels, fer, cuivre ou aluminium n’en finissent plus de chuter. Le cuivre a perdu 48% et a retrouvé ses niveaux de 2006, a rappelé le président du producteur chilien Codelco, Oscar Landerrechte, au FT commodities global summit organisé à Lausanne par le Financial Times.

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Dans le minerai de fer, le métal le plus vendu, «ça a été un bain de sang pour les producteurs», explique un cadre dirigeant d’un grand trader en métaux établi sur l’arc lémanique. Le mineur australien Arrium vient d’être mis en faillite. En Grande-Bretagne, l’aciérie de Port Talbot est menacée de fermeture. Partout, «la génération de profits baisse, l’endettement augmente, des projets sont gelés, et tout cela se passe très vite», a ajouté Oscar Landerrechte, en notant que des dizaines de projets miniers sont concernées par ce ralentissement.

Risques en hausse et profitabilité insuffisante

Les prix de certains métaux sont en «backwardation», une situation où les prix futurs sont encore plus bas que les prix actuels. Pour les négociants suisses en matières premières, gagner de l’argent dans ces conditions est plus difficile. Le trader genevois Gunvor a annoncé son retrait des métaux le 1er février, en raison de risques en hausse et d’une profitabilité insuffisante.

«Ils ont fait des prépaiements sans comprendre les coûts de production, ils se sont pris deux ou trois bouillons», commente un concurrent. C’est le principal danger pour les traders helvétiques. Riches en liquidités, ils risquent de prêter à des producteurs peu efficients et de subir des pertes si ces derniers font faillite.

Dans le jargon, on appelle cela le «risque de performance». Le seul moyen de s’en protéger est de ne prêter qu’aux producteurs les plus efficaces. Le problème, c’est que ceux-ci ne sont pas si nombreux. Ou plutôt, qu’il y a trop de producteurs en mauvaise santé qui inondent le marché, ce qui déprime les prix.

La menace d’un cycle infernal

«La liquidité est trop abondante, ce qui permet aux grands groupes de ne pas stopper certains projets», a critiqué Oscar Landerrechte. Avec les taux d’intérêts très bas, «il y a moins de pression pour fermer, résume Evy Hambro du fonds d’investissement BlackRock. Les prix vont devoir baisser au-dessous des coûts de production pour voir plus de fermetures, et elles sont inévitables».

Malgré une demande mondiale qui reste positive, l’industrie des métaux semble donc s’acheminer vers un nouveau cycle infernal de dépression et de boom. Les investissements se tarissent, ce qui fait prédire une situation de pénurie d’ici 2018 pour le cuivre. Cette pénurie devrait renvoyer les prix vers les sommets, mais ce lointain rebond peine à réjouir les pontes de l’industrie.

«Si on se compare à d’autres secteurs, nous ne sommes pas très bons pour créer des modèles d’affaires viables sur le long terme», estime ainsi Gareth Penny, président du producteur russe Norilsk Nickel.

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