Matières premières

Le marché mondial du cacao est déprimé

On craignait une pénurie, les producteurs ne savent aujourd’hui plus comment se débarrasser de leurs fèves. La baisse des cours ne suffira pas à ravir le secteur chocolatier, qui souffre de la désaffection des consommateurs

On disait le cacao en voie de disparition. En 2014, en plein boum du cours de la fève, les producteurs peinaient à faire face à la demande mondiale. Après une longue série de «déficits chocolatiers» consécutifs (la consommation dépassant l’offre), une pénurie d’un million de tonnes de cacao était prévue à l’horizon 2020. Depuis, les cours ont plongé, la fève pourrit dans les rues d’Abidjan et l’industrie chocolatière ne semble même plus s’en émouvoir.

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A 2060 dollars la tonne (1998 francs), le cacao coûte aujourd’hui moitié moins qu’il y a un an, soit son plus bas niveau en dix ans. Dans le commerce, le prix du chocolat n’a pourtant pas baissé. La faute aux contrats d’approvisionnement à long terme (pour se couvrir contre les fluctuations de prix) mais aussi à la composition des tablettes de chocolat qui dépendent davantage du cours du beurre de cacao (la matière grasse végétale) que de celui de la fève.

Faible part du coût de production

«Les fèves de cacao ne représentent qu’une petite partie des coûts totaux de production», explique une porte-parole de la Coop, citée dans l’hebdomadaire SonntagsZeitung. Les prix des autres ingrédients indispensables – lait, sucre, noisettes ou noix, selon les recettes – sont restés stables et ont parfois même grimpé, selon Monika Weibel, porte-parole de Migros, également citée par le journal alémanique.

Mais cette stabilité cache une désaffection croissante pour le chocolat. Sur le plan mondial, les volumes consommés sont en déclin depuis 2015 et devraient reculer de quelque 2% cette année, selon une étude du cabinet de services financiers Kepler Cheuvreux. Parmi les raisons évoquées: la tendance des consommateurs à manger plus sainement et la transition vers le commerce en ligne, peu propice à ce type de produit. «Les marchés émergents ne permettent pas non plus de contrebalancer ce déclin puisqu’ils vivent les mêmes tendances», explique l’analyste Jon Cox. En Chine, les ventes de chocolat au détail sont en recul depuis un an.

Géants de la confiserie menacés

La perspective de nouvelles taxes sur le sucre pourrait également rogner les marges. Les six majors du chocolat – Mars, Mondelez, Ferrero, Hershey et les groupes suisses Nestlé et Lindt, qui représentent 60% du marché – ont encore de la peine à se réinventer. «Dans une barre moyenne de chocolat, il y a 50% de sucre et un quart de matière grasse. Les réductions de sucre affectent le goût et ne semblent pas fonctionner commercialement», explique Jon Cox.

Le géant veveysan Nestlé, en plein virage stratégique vers les alicaments (une contraction entre aliments et médicaments), a déjà prévu de céder ses activités de confiserie aux Etats-Unis. Le chocolat n’est plus stratégique au sein du groupe connu notamment pour ses barres KitKat. Le secteur confiserie ne représente que 10% de son chiffre d’affaires, rappelle l’étude de Kepler Cheuvreux en soulignant que, sur ce marché, des fusions-acquisitions d’ampleur sont à prévoir «alors que des majors cherchent à quitter le secteur ou à grandir pour éviter de se faire avaler et pour réduire leurs coûts».

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Retour à Abidjan, du côté des producteurs. En février, alors que les cours étaient tombés en dessous du coût de revient pour les exportateurs, quelque 400 000 tonnes de cacao invendu congestionnaient les rues de la capitale économique de la Côte d'Ivoire. Le premier producteur mondial de cacao espère aujourd’hui accélérer l’industrialisation de sa filière afin d’améliorer les marges.

Au vu des récoltes de cette année – qui s’annoncent exceptionnelles –, mais aussi de la concurrence croissante sur le plan international (Ghana, Nigeria et Equateur en tête), les producteurs ne pourront guère compter sur une hausse des cours mondiaux.

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