Pétrole

Le marché ne croit plus aux sanctions contre l’Iran

Le brut a chuté de quelque 10% sur le mois d’octobre. La mise en place lundi des sanctions américaines devrait théoriquement faire gonfler les prix. De Washington à Riyad, on semble déjà avoir renoncé à bloquer le moindre baril

C’est un étrange ballet qui s’est déroulé en octobre dans le golfe Persique. Allant et venant entre les ports, les pétroliers ont tous éteint leur système de géolocalisation (AIS, dans le jargon). Une manœuvre destinée à «semer la confusion» avant l’entrée en vigueur des sanctions américaines contre le pétrole iranien ce lundi, selon la start-up TankerTrackers, qui s’est donné pour objectif d’identifier les contrevenants.

Hormis ces spécialistes du big data, personne d’autre ne semble croire à l’effectivité de l’embargo. Le cours du baril de Brent a chuté de près de 9% sur le mois d’octobre, celui du brut léger (WTI) de 10,8%. Soit son pire recul depuis juillet 2016.

Aucun baril ne doit quitter l’Iran

Pour Kamel Mohab, patron du courtier Magma Oil, la promesse de l’administration Trump de réduire les exportations iraniennes à zéro est irréalisable. «Lors du précédent train de sanctions, quand les Etats-Unis avaient les Russes et les Chinois de leur côté, ils n’ont réussi à réduire la production qu’à 2,8 millions de barils par jour. C’est 1 million en dessous de la normale. Aujourd’hui, ils font cavalier seul.»

D’autant que le marché semble être en mesure de compenser un éventuel recul iranien. La production américaine n’a jamais été aussi élevée, avec 11,346 millions de barils par jour. La Russie et l’Arabie saoudite, qui s’étaient imposé des limitations dans le cadre des accords de l’OPEP, pourraient aussi augmenter proportionnellement leur production.

Dix ans de paris sur la «catastrophe»

«Seuls les experts font leur beurre en parlant d’un baril au-delà de 85 dollars, critique l’ancien trader. Mais ils parient sur la catastrophe en ignorant le marché. Cela doit bien faire dix ans qu’on annonce la catastrophe iranienne.» Même du côté des partisans de la ligne dure contre Téhéran, on peine à masquer des intérêts divergents. Les Saoudiens n’ont aucun intérêt à laisser monter le prix du baril au-delà de 80 dollars: plus le cours est élevé, plus l’exploitation des forages de schistes américains devient compétitive.

En pleine campagne, Donald Trump a fixé l’entrée en vigueur du nouveau train de sanctions au mardi 6 novembre, soit la veille des élections de mi-mandat. Le président américain cherche, lui aussi, à éviter une flambée du pétrole – et donc des prix des biens de consommation –, alors que la Fed relève progressivement ses taux. «L’offre de pétrole est suffisante pour permettre une diminution des produits iraniens», a-t-il rassuré jeudi.

Huit pays seront par ailleurs «exemptés» d’embargo sur l’Iran, a annoncé vendredi matin Washington, sans en fournir la liste complète. Parmi eux figureraient le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et – selon des sources proches des discussions – la Chine. «Ces deux derniers pays pourraient absorber l’entièreté de la production iranienne», assure Kamel Mohab. La semaine prochaine, les tankers naviguant tous feux éteints devraient finalement être moins nombreux que prévu.

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