Il ne s’agit pas d’un mouvement spectaculaire. Mais c’est un cap fortement symbolique qui a été franchi. Mercredi, une dizaine de jours après son homologue suisse, le taux d’emprunt à dix ans de l’Allemagne est repassé en territoire positif pour la première fois depuis mai 2019. Le rendement obligataire du Bund atteignait 0,012% en matinée, avant de terminer la journée autour de 0%.

C’est le résultat d’une hausse progressive qui a débuté mi-décembre, lorsque ce taux se situait encore à -0,35%. Les marchés ont alors véritablement intégré le fait que la forte inflation en zone euro méritait que l’on anticipe un durcissement monétaire de la part de la Banque centrale européenne (BCE).

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Au plus bas, le rendement du Bund était descendu jusqu’à -0,86%, le 9 mars 2020, selon les données de Bloomberg. Mais en 2021, avec la forte reprise et les goulets d’étranglement qu’elle a provoqués, l’inflation s’est réveillée en zone euro. Et surtout en Allemagne, notamment en raison des prix de l’énergie et des pénuries de certains produits. Aujourd’hui, la crainte grandit que ce soit un phénomène plus durable que prévu, ce qui forcerait la BCE à resserrer les vannes du crédit. Et ce même si cette dernière s’est montrée, jusqu’ici, peu encline à réagir immédiatement.

Parti pour durer

Si le rendement du Bund remonte, c’est parce que son prix descend. En effet, dans ces circonstances, les investisseurs qui anticipent une hausse des taux de référence préfèrent vendre les obligations à long terme. Ces ventes se font notamment au profit d’obligations à plus court terme, afin de pouvoir être mieux armés lorsque les taux remonteront effectivement.

C’est aussi ce à quoi l’on assiste aux Etats-Unis, mais de manière plus marquée. Mercredi, les bons du Trésor américain à dix ans ont atteint un niveau qui, lui non plus, n’avait pas été observé depuis deux ans, avec un rendement oscillant entre 1,85% et 1,89%, mercredi.

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Il faut dire qu’outre-Atlantique, la Réserve fédérale américaine (Fed) s’est montrée bien plus limpide quant à ses intentions futures. Des hausses de ses taux sont imminentes. Désormais, certains anticipent même une hausse de 50 points de base en mars. Ou, pourquoi pas, en février déjà. «Nous nous attendons à ce que le durcissement monétaire, combiné avec une croissance solide, continue de faire monter les taux cette année», résume en tout cas Credit Suisse, dans sa note quotidienne aux investisseurs.

Ces anticipations de durcissement, et donc d’une fin proche de l’ère des taux zéro, ne laissent pas non plus les marchés boursiers indifférents. Après plusieurs séances de baisse, les principaux indices mondiaux ont toutefois évolué dans le vert mercredi. Mais la majorité des experts s'accorde à dire qu'il ne s'agit que d'une pause. La normalisation monétaire semble bel et bien vouloir se poursuivre, entrainant le marché obligataire avec elle.