Emprunts

Le marché des obligations vertes pourrait tripler en 2015

Les émissions «durables» explosent en Europe; la Suisse absente . Ce marché a été valorisé à 36 milliards de dollars l’an dernier

Le marché des obligations vertes pourrait tripler en 2015

Emprunts Les émissions «durables» explosent en Europe; la Suisse absente

Ce marché a été valorisé à 36 milliards de dollars l’an dernier

Comment investir «écologique» sans rogner sur les rendements? En achetant des «green bonds»: ces derniers séduisent, et le marché des obligations vertes explose. Les émissions ont triplé en 2014 pour atteindre 36 milliards de dollars (31 milliards de francs). Et un nouveau triplement est prévu pour 2015 selon l’association Climate Bonds Initiative.

Lancés en 2007, ces emprunts ont tout de l’obligation classique: même structure, même risque, même rémunération. Sauf que l’argent récolté doit aller à des projets environnementaux. «Au début, les émetteurs étaient surtout des organismes supranationaux, comme la Banque mondiale ou la Banque européenne d’investissement, qui lèvent des fonds ensuite redistribués en crédits pour des projets verts», explique Catherine Reichlin, directrice adjointe à la banque Mirabaud.

Avec 129 émissions en 2014, le profil des émetteurs s’est élargi, notamment aux sociétés productrices d’énergie. Depuis mai 2014, le français GDF-Suez est le plus gros émetteur avec 2,5 milliards d’euros (2,5 milliards de francs). Son but: créer des champs d’éoliennes et des centrales hydroélectriques. Les collectivités publiques s’y mettent. En mars dernier, la région Ile-de-France a recueilli 350 millions d’euros, au lieu des 200 millions attendus, et ceci en moins d’une demi-heure. Cette somme devrait financer, en vrac: des lycées «zéro énergie», de la géothermie, des transports collectifs, du logement social, de la biodiversité et de l’économie sociale et solidaire.

Enfin, l’industrie a emboîté le pas. Grâce à 250 millions de livres sterling levés en mars dernier, Unilever veut réduire les émissions de gaz à effet de serre et le gaspillage de l’eau dans plusieurs usines de détergents ou de glaces. Unibail-Rodamco a réuni, en mai dernier, 1,5 milliard de couronnes suédoises (160 millions de francs) pour la construction de logements «verts». «Il est intéressant de noter que ce marché est très européen. Sur un total de 245 émissions en circulation, seules 9 sont originaires des Etats-Unis», note Catherine Reichlin. Et aucune n’est venue de Suisse.

Comme pour tous les investissements à vocation durable, la sincérité de la démarche est cruciale. Quatre banques d’investissement ont établi, en janvier 2014, les «principes des obligations vertes». Près d’une soixantaine de banques et d’émetteurs s’y sont ralliés depuis. En gros, il s’agit de fournir la liste des projets financés et la garantie de leur durabilité, établie par un nombre croissant de vérificateurs extérieurs, comme KPMG ou Vigeo. A quoi s’ajoute une mission d’information sur l’avancement des projets mais aussi sur l’utilisation de l’argent récolté et pas tout de suite investi dans les projets annoncés. Mais le respect de ces règles est du ressort de chaque émetteur.

D’autre part, le périmètre de ce qui est considéré comme «vert» reste encore à définir. En mars 2014, Toyota recueille 1,75 milliard de dollars afin d’accorder des crédits et leasings avantageux pour ses modèles hybrides. Un «green bond» peut-il favoriser la vente de voitures?, se demandent les puristes. En septembre 2014, c’est le Massachusetts Institute of Technology qui émet des obligations vertes pour refinancer la dette générée, en 2008, par l’érection de cinq bâtiments minimisant l’impact sur l’environnement. A nouveau, certains s’interrogent sur la valeur ajoutée de ces «green bonds», puisque le projet est déjà construit.

Malgré cela, l’engouement est là. A l’occasion du sommet sur le climat de septembre dernier, le secteur de l’assurance s’est engagé à doubler ses investissements «verts» pour franchir les 80 milliards de dollars à fin 2015. Même enthousiasme pour l’assureur Zurich, qui annonçait cet été viser 2 milliards de dollars de «green bonds» dans son bilan américain, objectif actuellement atteint à 25%, selon son porte-parole Pavel Osipyants.

Avec 129 émissions en 2014, le profil des émetteurs s’est élargi, surtout aux sociétés productrices d’énergie

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