Les médicaments vedettes retirés subitement du marché l'an dernier, en raison de leurs effets secondaires, contraignent l'industrie pharmaceutique à revoir ses priorités et ses modèles de développement. «Lancer un nouveau produit à succès sur les marchés matures des antidouleurs ainsi que des médicaments contre l'hypertension devient toujours plus difficile. En raison des effets secondaires que sont susceptibles de générer les nouveaux produits, on assiste à un retour en force vers les anciens médicaments, réputés efficaces et sûrs, comme par exemple le Voltaren dans les anti-inflammatoires», explique Luis Correia, responsable de l'analyse sur le secteur pharmaceutique auprès de Credit Suisse Global Investor, lors d'une présentation mardi à Zurich.

La situation se présente sous un jour différent dans les anticancéreux. «Les autorités d'approbation (FDA aux Etats-Unis) y tolèrent en effet davantage les effets secondaires si l'effet du médicament représente une amélioration ou permet de prolonger l'espérance de vie», explique encore le spécialiste. Le domaine des thérapies oncologiques, ou anticancéreuses, représente même la vague d'innovation la plus importante de cette décennie pour la branche pharmaceutique, selon les experts de Credit Suisse. D'autant que pour ces derniers, les prévisions de chiffre d'affaires sont encore conservatrices.

Mais le cancer demeure la deuxième cause de mortalité, après les maladies cardiaques, dans le monde occidental. Alors que l'espoir de voir certains types de cancer évoluer comme des maladies chroniques devient réaliste, pour d'autres types, c'est l'espoir d'une espérance de vie plus élevée et d'une meilleure qualité de vie qui prédomine. Les progrès sont à mettre sur le compte de la forte concentration sur la recherche oncologique de nombre d'entreprises pharmaceutiques. En raison de l'ampleur des besoins médicaux qui ne sont pas encore couverts, les entreprises estiment en effet qu'il vaut la peine de mettre un médicament sur le marché, même si celui-ci n'entraîne que de faibles améliorations.

Les experts évaluent à quelque 30 milliards de dollars, en 2003, le marché des thérapies anticancéreuses et des traitements de soutien. Sur la base d'une croissance annuelle de 10%, ce marché devrait être porté à 48 milliards de dollars en 2008.

La Suisse bien placée

A titre de comparaison, la croissance annuelle du secteur pharmaceutique est évaluée entre 7% et 8%. Les pharmas helvétiques sont particulièrement bien placées pour tirer profit de cette croissance. L'oncologie constitue même la principale source de revenus du groupe Roche (23% de ses ventes). Ce qui est aussi le cas de la biotech américaine Amgen (27%). Roche s'est même hissé au premier rang mondial dans l'oncologie, avec un chiffre d'affaires de 4,4 milliards de francs sur les neufs premiers mois de l'exercice 2004 (+31%). Pour Credit Suisse, Roche, Novartis et Amgen sont les sociétés tout à la fois les plus engagées dans l'oncologie et celles qui disposent de la gamme de produits la plus étendue dans ce domaine sur leurs rampes de lancement (pipeline). La banque recommande donc ces titres à l'achat, mais aussi ceux de la biotech Genentech ainsi que de Johnson & Johnson.